Arts

Confinement : le milieu culturel oscille entre l’usure et la satisfaction

Déjà fermées depuis le 1er octobre dans une bonne partie du Québec, les portes des cinémas, des théâtres, des musées et des salles de spectacles resteront donc closes au moins jusqu’au 8 février. La situation sanitaire ayant empiré dernièrement, cette nouvelle n’a pas surpris les institutions culturelles touchées.

On s’y attendait, mais, à chaque fois, c’est un coup, déclare Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma (CSCQ). On espère que cette prolongation sera la dernière.

Nous sommes déçus de devoir encore reporter des productions et de voir les artistes écoper une nouvelle fois , regrette David Laurin, codirecteur artistique du théâtre Duceppe, dont la pièce King Dave, déjà annulée cet automne, devait être présentée à partir du 12 janvier.

La question de la poursuite des répétitions

Pour le domaine du spectacle vivant, s’ajoute la peur de ne pas pouvoir continuer à répéter des spectacles, à concevoir des décors et des costumes ou encore à capter des œuvres, à défaut de pouvoir se produire devant un public. Une réunion doit se tenir jeudi après-midi pour apporter des précisions à ce sujet.

Depuis cet automne, on applique les mêmes mesures strictes que les tournages lorsqu’on organise des répétitions, explique Sylvain Bélanger, directeur du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTDA). Continuer à créer des spectacles nous sauve.

Idem pour les équipes des musées qui se demandent si elles pourront continuer à travailler sur place. On a présentement un renouvellement d’exposition, c’est-à-dire un démontage et un remontage d’exposition temporaire, et on ne sait pas trop comment on pourra s’organiser pour déplacer les objets, met en avant Marie-Josée Robitaille, directrice des communications et du marketing du musée Pointe-à-Callière. On ne pourra peut-être pas remettre en caisse les objets [exposés] et les renvoyer [vers leur ville d’origine].

Entre fatigue et découragement

Depuis environ deux jours que le milieu de l’art vivant redoute de devoir mettre ses créations sur pause, Sylvain Bélanger ressent une grande déprime générale chez ses collègues. On craint de revivre la même grande noirceur du printemps dernier, qui a été un comme un traumatisme.

Après 10 mois de crise de la COVID-19, David Laurin et Sylvain Bélanger observent tous deux un sentiment d’usure dans leur secteur, qui sait qu’il sera l’un des derniers à rouvrir. En tant qu’artistes, on est habitués aux périodes creuses, mais là on parle d’une période d’extrême léthargie. Des gens se réorientent, indique David Laurin.

Il y a certainement une part de découragement à savoir quand va-t-on enfin voir un peu de lumière. Oui, il y a les vaccins, mais on voit qu’on n’est pas encore sorti [de la crise].

Julie-Anne Richard, directrice générale de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU)

Les tournages épargnés

De son côté, le secteur des tournages se réjouit des annonces faites par François Legault.

Soumis à des mesures sanitaires strictes, les plateaux de tournage de films ou de séries télévisées pourront rester en activité. Je pense que c’est important pour se divertir que les séries se poursuivent, a déclaré le premier ministre François Legault en conférence de presse.

Nous sommes extrêmement heureux pour l’ensemble de l’industrie, car c’est le signe que nous avons fait tous les efforts pour prendre les mesures requises, a réagi Gilles Charland, directeur général de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS). Plus que jamais, nous sommes un service essentiel.

Un arrêt des tournages aurait occasionné des pertes d’emploi. Et les productions auxquelles les gens sont habitués, les téléséries par exemple, [auraient été interrompues], car seulement quelques émissions d’avance sont enregistrées.

L’année 2021 s’annonce très productive tant en quantité qu’en qualité de production, domestique et étrangère, a ajouté Gilles Charland.

Des bibliothèques ouvertes pour les jeunes

Un livre est sélectionné dans une bibliothèque.

Le gouvernement du Québec a décidé de permettre aux bibliothèques municipales d’accueillir des élèves voulant étudier dans de meilleures conditions qu’à la maison.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Ève Lagacé, directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ), est également satisfaite. Non seulement les bibliothèques pourront continuer à offrir un service de prêt de livres sans contact, mais elles vont aussi rouvrir partiellement leurs portes selon des modalités qui ne sont pas encore connues.

En effet, Québec a décidé de permettre aux bibliothèques municipales d’accueillir des élèves voulant étudier dans de meilleures conditions qu’à la maison.

C’est une demande que nous avions faite cet automne en réponse aux besoins des étudiants qui n’ont pas facilement accès à un Internet de qualité, explique celle qui a été surprise mercredi de voir le vœu des bibliothèques s’exaucer.

Un coup en plus sur les finances

Pour les théâtres, les salles de spectacle, les cinémas et les musées, ces quatre semaines supplémentaires de fermeture au public renforcent leur inquiétude quant aux répercussions de la pandémie sur l’état de leurs finances.

Plus on est fermés longtemps et plus la situation financière est préoccupante, car on est coupé de tous nos revenus autonomes depuis des mois. Des membres continuent de nous soutenir, mais c’est de plus en plus difficile, note Pascale Chassé, directrice des communications du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Si le MBAM a pu bénéficier d’une aide fédérale pour payer son personnel, il n’est pas admissible à un soutien pour compenser la perte des revenus de billetterie.

Il souhaite donc que les musées soient dans les premiers à rouvrir après le déconfinement. C’est un milieu sécuritaire. On a de grands espaces, on a mis en place un paquet de procédures pour assurer la sécurité. […] Ce n’est pas un lieu de rassemblement, c’est plus un lieu déambulatoire.

Bientôt l’échéance du 31 mars

Sièges de cinémas.

À la mi-décembre, le ministère de la Culture a annoncé l’octroi de 4,6 millions de dollars pour soutenir les salles de cinéma québécoises.

Photo : Radio-Canada / CBC/Craig Ryan

En octobre dernier, Québec a lancé une aide destinée à compenser les pertes de revenus de billetterie subies par les arts de la scène. Et à la mi-décembre, le ministère de la Culture a annoncé l’octroi de 4,6 millions de dollars pour soutenir les salles de cinéma québécoises.

Toutefois, ces programmes ne couvrent que la période allant du 1er octobre au 31 mars 2021. Or, cette échéance approche.

Cela commence à être difficile de prévoir avril et mai, dit David Laurin.

Il est évident qu’au-delà du 31 mars, le secteur va encore avoir besoin d’aide, car on peut se douter que les choses ne seront probablement pas revenues à la normale d’ici le 31 mars, souligne Julie-Anne Richard.

S’il est solidaire avec le système de santé aux prises avec une aggravation de la pandémie, le milieu culturel attend désormais de pouvoir planifier les semaines et mois à venir.

Ce dont on a le plus besoin, c’est de la prévisibilité, assure Julie-Anne Richard. Cela prend du temps de rouvrir un théâtre et de refaire une programmation.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

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Source: Radio-Canada | Arts

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