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Violences, suicide et addictions : la crise économique plonge l’Iran dans les abîmes

Saeed Madani est l’un des principaux chercheurs en sociologie en Iran. Il explique comment les difficultés économiques aggravent les problématiques sociales et détériorent la santé psychologique des plus précaires :

Ces dernières années, plusieurs recherches universitaires ont été menées en Iran sur la “colère” de la population et la violence qui découlent de la pauvreté et des problèmes économiques. Ces études établissent clairement des liens entre le chômage, la baisse des revenus, l’inflation et les violences ou les crimes.Selon la banque nationale iranienne, 20% des Iraniens vivent actuellement sous le seuil de pauvreté mais selon d’autres étude indépendante le taux serait d’environ 35 à 40%.

Au-delà de ces chiffres, la pauvreté a changé. Il y a quelques années, nous connaissions une pauvreté unidimensionnelle. Par exemple, les personnes précaires avaient une maison mais n’avaient pas de quoi se nourrir. Maintenant nous faisons face en Iran à une pauvreté multidimensionnelle : il y a des gens qui ne peuvent plus payer leur loyer et leurs factures, ni manger, ni se soigner.

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Des gens se battent dans une file d’attente pour acheter du poulet subventionné en 2019 à Téhéran.

L’Iran connaît aussi une “pauvreté persistante”. Des études montrent que, plus qu’auparavant, lorsqu’on naît dans une famille pauvre, on reste pauvre.On observe aussi le travail des pauvres. C’est-à-dire que le gens travaillent mais, malgré tout, vivent sous le seuil de pauvreté. En Iran, lorsqu’une personne gagne moins de 3,5 à 4 millions de tomans [111-126 euros, NDLR], on considère qu’elle vit sous le seuil de pauvreté. Or, beaucoup de travailleurs et de fonctionnaires gagnent tout juste le salaire minimum iranien qui se fixe à 1,83 millions de tomans [environ 58 euros, NDLR].

Cette situation explique la colère, la violence qui grandit au sein de la société. Les Iraniens tentent d’améliorer leur situation, mais le contexte s’aggrave. Ils s’en veulent, et en veulent à la société.

Le suicide est l’une des conséquences de cette violence que les personnes précaires vont s’infliger à elles-mêmes. Alors qu’il y a 40 ans on comptait près de 250 suicides par an, il y a en aujourd’hui près de 5 000 par an. Ce sont ces dix dernières années que les chiffres ont véritablement bondi. Le taux de suicide atteint les 8 pour 100 000 habitants. C’est presque équivalent au taux mondial qui est de 9,8 pour 100 000 habitants.

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Des gens se bagarrent dans une file d’attente pour échanger des dollars en 2018 à Téhéran.

Une autre forme de violence envers soi-même est l’addiction. Certaines personnes se font du mal à cause de leurs problèmes économiques et la dépression ainsi que la toxicomanie augmentent.

Une étude publiée en 2016 révélait que le chômage (dans 16% des cas) et l’inflation (dans 76% des cas) avaient eu un impact sur les personnes liées à des trafics de drogue en Iran. [Selon les statistiques officielles, le nombre de toxicomanes, toute drogue comprise, en Iran a doublé au cours des 9 dernières années, atteignant environ 3 millions de personnes, NDLR].

 “Les gens se battent pour ne pas devenir pauvres”

D’autres personnes vont accuser de leur pauvreté leurs connaissances ou l’ensemble de la société. C’est ce qui explique les violences. Lorsque les gens font la queue pour échanger leur toman contre des dollars, ou acheter des produits subventionnés, ils se battent parce qu’ils voient les autres comme des obstacles qui les empêcheraient eux d’améliorer leur quotidien. Ils ne tentent pas de devenir riches : ce sont des gens de la classe moyenne qui se battent pour survivre, pour ne pas tomber sous le seuil de pauvreté, c’est pour cela que la lutte entre eux est féroce.

D’autres types de violences sont également devenus monnaie courante : les violences faites aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées. On estime entre autres que les bagarres de rue ont doublé en dix ans.

Selon le système judiciaire iranien, 50% des personnes qui ont été arrêtées pour de petits vols au cours des six derniers mois sont des personnes qui n’ont jamais eu de casier judiciaire. Elles sont passées à l’acte du fait du contexte actuel et c’est un phénomène complètement nouveau en Iran [en août, une affaire a été très médiatisée en Iran : elle concernait un père de famille, chômeur, arrêté pour avoir volé un paquet de couches pour son enfant de 18 mois, NDLR].

Des gens se mettent à voler parce qu’ils n’ont plus d’autre choix. Et parce qu’ils n’ont jamais volé, ni été en contact avec des voleurs, ils se font prendre très facilement par la police.

Aujourd’hui, entre 25 et 30% des Iraniens souffrent de troubles mentaux et ont besoin d’aide. Nous en sommes là. Et le contexte économique, social et politique de l’Iran ne laisse pour l’heure pas entrevoir d’amélioration.

Le 5 août, le président iranien Hasan Rohani a annoncé un “plan de facilitation économique”, sans en partager plus de détail. Quelques semaines plus tard, le 14 septembre, après de nombreux débats autour des mesures contenues dans ce plan, Eshagh Jahangiri, le premier vice-président iranien, a expliqué qu’il était finalement annulé.

Source: france24

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