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Marée noire sur les côtes du nord-ouest du Venezuela : “C’est devenu une routine”

Alors que la marée noire de l’île Maurice s’est récemment retrouvée au cœur de l’actualité, une autre catastrophe similaire – moins médiatisée, mais de très grande ampleur – touche le nord-ouest du Venezuela depuis fin juillet. Il ne s’agit toutefois pas d’un accident isolé, puisque les fuites d’hydrocarbures sont récurrentes dans le pays. En cause : le manque d’entretien des installations pétrolières, le non-respect des normes régissant le secteur, ou encore le manque de personnel qualifié.

Les premières informations faisant état de cette marée noire ont été publiées sur les réseaux sociaux et dans la presse vénézuélienne autour du 1er août.

Plages touchées par la marée noire au niveau de Boca de Aroa et Tucacas. Photos publiées le 2 août par la Fundación Azul Ambientalistas, une organisation de défense de l’environnement.

Mais ce n’est que trois jours plus tard que le ministère de l’Écosocialisme a reconnu la “présence d’hydrocarbures et de possibles produits dérivés” dans la zone, indiquant que des équipes avaient commencé le nettoyage et mis en place des boudins hydrophobes, pour freiner la progression des hydrocarbures. Le 10 août, le vice-ministre Josué Lorca a indiqué que plus de 15 kilomètres de côtes étaient en train d’être nettoyées.

Dispositif pour empêcher la progression des hydrocarbures. Photos publiées le 12 août par un internaute qui s’est rendu dans la zone affectée.

Parmi les principaux endroits touchés : le parc national Morrocoy, connu pour ses plages paradisiaques et la richesse de son écosystème, comprenant des mangroves, des coraux, ou encore des tortues, et le Refuge de la faune sauvage de Cuare, qui abrite notamment de nombreuses espèces d’oiseaux (État de Falcón).

Nettoyage des mangroves, dans le parc national Morrocoy. Vidéo publiée le 11 août par un internaute qui s’est rendu dans la zone affectée.

Mangroves recouvertes de pétrole, dans le parc national Morrocoy. Photos publiées le 15 août par la Fundación Azul Ambientalistas.

Des images satellites pour déterminer l’origine de la marée noire

Pour l’instant, le gouvernement et l’entreprise pétrolière publique PDVSA ne se sont pas prononcés sur l’origine de la marée noire, ni sur son ampleur, ni sur le type de fioul déversé. Un silence dénoncé par les organisations de défense de l’environnement et l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition.

Mais pour Eduardo Klein, scientifique de l’Université Simón Bolívar, son origine “ne fait aucun doute”. Le 9 août, il a ainsi publié sur Twitter deux images satellites montrant la zone où se trouve la raffinerie El Palito – contrôlée par PDVSA – dans l’État de Carabobo : si tout semble normal sur l’image enregistrée le 19 juillet, une importante tâche noire est visible au large de la raffinerie dès le 22 juillet.

“Images satellites de la raffinerie El Palito et des aires adjacentes. L’origine de la fuite ne fait aucun doute”, a écrit Eduardo Klein, le 9 août .

Deux jours plus tard, Eduardo Klein a diffusé une autre image satellite, enregistrée le 26 juillet : elle montre, là encore, une importante masse noire au large de la raffinerie El Palito.

“Image du dimanche 26 juillet : 260 km2 d’hydrocarbures déversés dans la mer en face de la raffinerie El Palito […]”, a écrit Eduardo Klein, le 11 août.

De plus, une deuxième fuite semblant provenir de cette raffinerie a été constatée il y a plus d’une semaine, selon l’image satellite ci-dessous.

“Une seconde fuite se rapproche de Morrocoy. […] Image Sentinel S2A du lundi 10 août, à 11h”, a indiqué Eduardo Klein, le 10 août.

Selon les estimations d’Eduardo Klein, environ 22 000 barils de pétrole auraient été déversés depuis la raffinerie, un chiffre repris par la Société vénézuélienne d’écologie et différents médias. C’est davantage qu’à Maurice, où environ 1000 tonnes de fioul – soit l’équivalent de 7600 barils – se seraient échappées du navire japonais Wakashio depuis fin juillet.

Eduardo Klein compare ici l’ampleur des marées noires au Venezuela et à Maurice.

Outre les images satellites, d’autres éléments viennent appuyer l’hypothèse selon laquelle le pétrole viendrait de la raffinerie El Palito. “Si l’on considère le sens des courants et la zone où les hydrocarbures sont arrivés, cela concorde”, indique Ausberto Quero, président de la Commission de l’environnement du centre des ingénieurs de l’État de Zulia, interrogé par la rédaction des Observateurs de France 24.

De plus, plusieurs médias locaux avaient évoqué des fuites de fioul en provenance de ces installations autour du 21 juillet, de même que de multiples incidents au cours des derniers mois : pannes électriques, problèmes au niveau des turbines, fuites de gaz et de pétrole, ou encore explosions.

Source: france24

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