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Luuk Van Middelaar : « Angela Merkel assume l’incertitude, elle en fait une force »

L’historien et philosophe néerlandaisLuuk Van Middelaar. Luuk Van Middelaar

Luuk Van Middelaar est historien et philosophe politique néerlandais. Il est l’auteur de Quand l’Europe improvise (Gallimard, 2018), consacré aux deux grandes crises européennes de la décennie passée, celle de l’euro et celle des réfugiés.

En quoi la crise suscitée par le coronavirus est-elle différente pour le continent ?

Mal équipée pour les chocs surprises, l’Union européenne (UE) a appris sur le tas à inventer des instruments, en improvisant. Avec la crise de l’euro, elle a mis sur pied le Mécanisme européen de stabilité (MES). Pour la crise migratoire, elle a transformé Frontex en agence de gardes-frontières. Ici, il s’agit d’augmenter la capacité d’action de l’ensemble. La crise sanitaire est la plus urgente à surmonter.

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Et pour faire face au choc économique ?

Surmonter la crise de l’euro a pris plus de deux ans, entre 2010 et 2012, pendant lesquels on a failli mourir trois fois. Ce temps, actuellement, on ne l’a pas. Il faut que tout le monde prenne conscience qu’au-delà des situations individuelles par pays, comme l’Italie et l’Espagne, il y a un problème qui nous concerne tous. Mon autre réserve concerne les opinions publiques. Sous la pression des événements, on observe à chaque fois d’un côté un mouvement général vers plus de centralisation, mais d’un autre côté une réaction de rancœur, de résistance, un sentiment de trahison. Les deux crises précédentes ont laissé des traces, des clivages, des batailles de récits.

Pensez-vous que le défi de la solidarité de l’UE face à la crise du coronavirus soit un moment de vérité pour le projet européen ?

C’est un peu trop tôt pour le dire. Il y a deux crises. Actuellement, tout l’effort, toute l’énergie des Etats membres devraient porter sur la crise sanitaire et comment s’entraider. C’est peut-être tardif, le début n’a pas été beau à voir, mais il y a maintenant un effort commun. Puis il y a la crise que tous doivent voir venir : comment gérer nos finances publiques ? Tous les Etats membres devront absorber des dettes. Personnellement, je pense que c’est une bonne idée de mutualiser leur taux d’intérêt grâce à des « coronabonds ».

L’Italie a trois semaines d’avance dans cette crise, elle en a une perception plus aiguë que les Pays-Bas. Il y a un effet de décalage horaire. On voit le monde différemment par rapport à il y a quinze jours. Je comprends parfaitement le sentiment de solitude de l’Italie et le besoin de solidarité, mais il faut être prudent avec l’argument selon lequel si l’UE ne fait rien, cela nourrit l’extrême droite. En Allemagne et aux Pays-Bas aussi, il y a des eurosceptiques et des extrémistes. Il ne faut pas jouer avec le feu.

Source: International : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.

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