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En Iran, des “parades de la honte” pour exhiber les criminels

Dans une vidéo diffusée le 7 octobre, des policiers iraniens humilient en pleine rue de présumés criminels, les forçant à crier “excusez-moi, je ne le ferai plus”, avant de les forcer à s’insulter eux-mêmes devant une foule de témoins. Une façon pour la police iranienne de montrer les muscles au détriment du respect des droits humains et d’agir en dehors du système judiciaire.

Des hommes armés et encagoulés à bord de leur pick-up sont visibles dans cette vidéo en train de battre publiquement cinq hommes. Il ne s’agit pas de gangs, mais bien de la police iranienne qui a interpellé de présumés criminels violents, les forçant à l’humiliation sur l’avenue Jomhouri, l’une des artères principales de Téhéran.

La scène a été filmée et postée sur Twitter par des témoins. On y voit une foule sur le bord de la route qui assiste à la scène, que beaucoup filment avec leur téléphone.

Selon la police de Téhéran, ces cinq hommes étaient accusés d’avoir attaqué un centre commercial avec des couteaux, d’avoir braqué et agressé plusieurs commerçants et passants dans le même quartier où ils ont été humiliés.

Le chef de la police de Téhéran, le général Hamid Hadavand, a déclaré au média Farsnews que cette humiliation serait “une leçon pour les autres [criminels], pour leur montrer qu’ils n’ont aucun pouvoir, qu’ils ne sont rien”.

Les criminels violents ou ex-condamnés sont désignés par le terme de “Arazel” par la police et le système judiciaire iranien. La plupart sont membres de petits gangs de quartiers organisant du trafic de drogue ou d’alcool, des braquages ou à l’origine d’agressions sexuelles. Le 2 octobre dernier, Madjid Mirahmadi, chef adjoint des renseignements et de la sécurité des forces armées iraniennes a rendu publique la création d’une force de police spéciale dans chaque province iranienne, active depuis le 10 août pour combattre ces “Arazel”.

“Fausse hégémonie” commente cet internaute en relayant la vidéo de l’humiliation publique.

La police iranienne organise généralement ce type d’humiliation avant un jugement, ayant en partie le soutien d’habitants ulcérés par l’insécurité. En 2013, elle avait notamment fait parader un présumé bandit en l’habillant en femme.

>> A lire sur les Observateurs : Déguiser un bandit en femme, une humiliation jugée de mauvais goût en Iran

“La dignité et les droits humains ne veulent rien dire pour certains officiels iraniens”

Si la scène n’a pas suscité d’opposition dans la rue, sur les réseaux sociaux, cette violence brute contre de présumés criminels, non condamnés, a choqué.

Cet internaute estime par exemple : “Cette parade nous montre que pour certains officiels iraniens, la dignité et les droits humains ne veulent rien dire. Quand on voit ce qu’ils font en public, Dieu seul sait ce qu’ils leur font une fois en prison”.

Certains activistes n’ont pas hésité à comparer cette humiliation par la police iranienne à celles menées par l’organisation État islamique en Irak ou en Syrie.

“Comparaison des humiliations par l’EI en Irak (mars 2015) et le régime islamique d’Iran (octobre 2020)” ironise cet internaute dans un tweet.

Selon la loi criminelle iranienne, basée sur la charia, les juges peuvent condamner des criminels à ce type d’humiliation publique, baptisée “Tasshir”, qui signifie “faire connaître [le présumé criminel] “. Mais cette pratique est décriée par des juristes iraniens qui la jugent illégale. Des activistes de droits de l’Homme ont également critiqué ce type de sentence jugée contre les valeurs humaines.

Cette méthode a pourtant été utilisée depuis les premiers jours de la République islamique en 1979 notamment contre les prisonniers politiques, puis en majorité pour les “criminels violents “. Elle a pris de l’ampleur récemment : ces deux dernières semaines en Iran, la police a organisé au moins trois humiliations publiques du même genre à Téhéran mais aussi à Rasht, dans le nord du pays.

Des ex-criminels employés pour mater les manifestations ou sur le front en Syrie ?

Si les autorités iraniennes affirment avoir déclaré la guerre aux “Arazel “, il n’est pas rare que des bandits condamnés soient sollicités par les forces de sécurité.

Ainsi, en octobre 2015, le général Hamedani, ancien commandant des Gardiens de la Révolution à Téhéran, a confirmé l’existence de trois bataillons d’anciens condamnés pour faire face aux manifestants du Mouvement vert de 2009. Selon certains médias iraniens, il existe également des preuves du déploiement de certains “Azarel” sur le front en Syrie pour combattre au côté des forces pro-régime.

Pour autant, les humiliations de présumés criminels continuent en Iran. Marzieh Mousavi, une photojournaliste iranienne, a documenté l’une de ces humiliations à Moshirieh, un quartier de Téhéran, le 6 octobre dernier. Elle a posté des photos de cet incident sur son compte Instagram, et a remarqué que l’un des hommes humiliés était quelqu’un qu’elle avait déjà photographié neuf ans auparavant dans une scène d’humiliation publique exactement dans le même quartier.

“Je pense encore à cela… Bonne éducation, punition… Après neuf ans, le même homme, la même banlieue, la même histoire” explique Marzieh Mousavi dans cette publication sur Instagram.

Marzieh Mousavi précise dans sa publication que “selon la police, cet homme était devenu plus dangereux et violent en comparaison à il y a neuf ans”.

Une façon de questionner si ces humiliations publiques qui perdurent ont une réelle efficacité.

Article écrit par Ershad Alijani

Source: france24

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