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École en alternance | « On doit défaire tout ce qu’on a fait »

(Montréal) Huit jours. C’est le temps qu’aura duré le retour à l’enseignement en présence à temps complet pour les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire des écoles situées en zone rouge. Confrontés à cette volte-face, des enseignants se demandent si, à Québec, on prend vraiment la mesure de ce que chaque changement signifie dans les écoles.

Publié le 8 avril 2021 à 5h00

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Audrey Hébert n’a pas été surprise quand elle a entendu François Legault annoncer mardi que l’école se ferait de nouveau en alternance pour ses élèves.

« On n’est pas surpris, on est juste tannés », dit l’enseignante d’histoire en 4e secondaire à l’école Jean de la Mennais, sur la Rive-Sud de Montréal. « On le savait, que ça arriverait », ajoute-t-elle.

L’école à temps plein pour tous les élèves du secondaire en zone rouge ? « Ce n’était pas viable », dit Éric Fusinato, enseignant d’éthique et culture religieuse à l’école secondaire Honoré-Mercier, à Montréal. Il évoque des escaliers et des corridors pleins à craquer de jeunes.

C’était clair que c’était une question de semaines avant qu’on ferme les écoles ou qu’on revienne à la rotation. On doit défaire tout ce qu’on a fait.

Éric Fusinato

Le premier ministre François Legault a expliqué mardi que c’est la Santé publique qui avait donné — puis retiré — l’autorisation d’ouvrir les écoles secondaires à tous les élèves à temps plein.

« On peut se choquer contre les experts ou on dit : “La situation évolue, et on accepte qu’elle évolue” », a déclaré le premier ministre.

Sur le terrain, les enseignants disent qu’ils sont « fatigués », « tannés » de faire et refaire une planification de cours à quelques jours d’avis. Enseigner en présence et à distance, expliquent-ils, c’est loin d’être la même chose. C’est sans parler des travaux et des évaluations qui doivent être modifiés.

Enseignante de français dans la couronne nord de Montréal, Isabelle Sayegh a l’impression que Québec oublie que, dans les écoles, « il y a des enseignants et des intervenants qui doivent s’adapter et auxquels il faut faire attention ».

Bien entendu, elle s’adapte. « On le fait toujours. On le fait parce qu’on veut que nos élèves réussissent », dit-elle.

Éric Fusinato parle de décisions prises « en haut », qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe dans les écoles. « On dirait qu’ils ne connaissent pas notre réalité, ou qu’ils ont oublié notre réalité. Je suis sans mots devant ces mesures qui sont le contraire de ce qui devrait être fait dans les écoles », dit l’enseignant.

Un retour pour le bien des élèves ?

L’enseignante Audrey Hébert n’a pas digéré le ton sur lequel le premier ministre lui a annoncé que ses élèves retourneraient à l’école en présence à temps plein, il y a un peu plus de deux semaines.

« Ç’a été annoncé comme s’il n’y avait rien là, alors que ça impliquait beaucoup pour nos jeunes qui sont dans cette situation depuis octobre. C’est un changement de routine incroyable pour eux », dit Mme Hébert.

PHOTO BERNARD BRAULT, LAPRESSE

Audrey Hébert, enseignante d’histoire en 4e secondaire à l’école Jean de la Mennais

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a estimé, mardi, que même si le retour à l’école avait été de courte durée, « potentiellement, pour certains [élèves] », cette période avait été « l’occasion de revoir des amis et ça leur a fait du bien ».

Ce n’est pas l’avis des enseignants consultés par La Presse.

Les élèves, en général, veulent une stabilité. Ils veulent se sentir en sécurité, encadrés. Quand un jour on dit blanc, l’autre jour noir, l’autre jour gris, ils se perdent eux aussi. Ce n’est pas bon pour les élèves.

Éric Fusinato

Depuis octobre, les élèves avaient pour routine l’école en alternance, poursuit Audrey Hébert. « De revenir à temps plein pour se faire dire de retourner à distance, ils sont un peu désabusés », dit l’enseignante.

Il reste trois mois avant la fin de l’année scolaire. Que souhaitent les enseignants ? « C’est la stabilité qui manque en enseignement présentement », dit Mme Hébert.

Enseignante depuis une trentaine d’années, Isabelle Sayegh explique qu’elle tente de donner une normalité à ses élèves « dans toute l’anormalité qu’ils vivent ».

« Je suis l’adulte, je m’adapte. J’essaie de le faire de la façon la plus douce pour mes élèves », conclut l’enseignante.

De l’école à la maison : les élèves du secondaire ont dû s’adapter

En zone rouge, les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire de la province ont commencé l’automne dernier l’école en présence, mais la situation a rapidement changé.

5 octobre 2020

Parce que la COVID-19 s’est « invitée dans les écoles par la voie parfois du personnel, parfois des élèves », Québec annonce que les élèves de 4e et 5e secondaire en zone rouge devront faire l’école en alternance de la maison une journée sur deux.

26 octobre 2020

Les élèves de 3e secondaire apprennent que s’ils vivent en zone rouge, ils devront eux aussi rester à la maison la moitié du temps.

23 mars 2021

François Legault annonce que les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire en zone rouge retourneront en classe à temps plein le 29 mars.

26 mars 2021

À trois jours du retour des élèves en présence à l’école à temps plein, malgré la montée des variants de la COVID-19 qui sont plus contagieux, le ministre de l’Éducation dit qu’il « garde le cap ».

6 avril 2021

Le premier ministre François Legault annonce qu’à compter du 12 avril, l’école en alternance reprendra en zone rouge pour les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire.

Source: LaPresse.ca – Actualités

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