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Covid-19 : quand l’accouchement masqué traumatise les femmes

Publié le : 13/10/2020 – 07:17

De nombreuses maternités obligent les femmes sur le point d’accoucher à porter un masque pour éviter la propagation du nouveau coronavirus. Une situation traumatisante dénoncée par le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques. Les soignants, eux, défendent la nécessité de se protéger.

 

Quand le plus beau jour de sa vie vire au cauchemar. C’est l’histoire de cette maman originaire de la région bordelaise qui a accouché durant le confinement : “Je pousse avec le masque : impossible ! Je baisse mon masque : la sage-femme me le remet automatiquement.” Elle poursuit : “Je respirais très mal et la prise d’air était très compliquée. J’ai donc eu ‘les cuillères’ pour aider à sortir mon bébé.”

Elles sont un millier de femmes à dénoncer les difficultés de porter un masque pendant l’accouchement. Le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques relaie leur témoignage sur Twitter avec le hashtag #StopAccouchementMasqué : “Elles suffoquent, vomissent, paniquent et arrachent le masque… Quand ce masque ne tombe pas tout seul, il empêche une bonne prise d’air et une poussée suffisante”, décrit à France 24 la fondatrice et porte-parole, Sonia Bisch.

Le port du masque est de plus en plus fréquent en salle de travail : selon les données du collectif, 80 % des futures mamans accouchent actuellement avec un masque, contre 46 % durant le confinement. La règle est à la discrétion de chaque service de maternité.

Fièvre, dépression ou stress post-traumatique

Dans un rapport publié en juillet sur “la grossesse, l’accouchement et le post-partum pendant l’épidémie de Covid-19”, le collectif a établi une corrélation entre les femmes portant le masque le jour de l’accouchement et une hausse des complications, telles que la fièvre, l’usage du forceps ou encore la déchirure du périnée.

“On constate également davantage de dépressions post-partum et de troubles dus au stress post-traumatique”, poursuit Sonia Bisch, qui reçoit notamment des messages de femmes en détresse, pleurant “dès qu’elles doivent mettre un masque”.

Le collectif y voit une forme de violence obstétricale. “Ce dispositif est un non-sens d’autant que l’accouchement est comparable à un effort sportif intense tel qu’un marathon”, assure la porte-parole. “Pourquoi les coureurs du dimanche en sont exemptés et pas les femmes sur le point d’accoucher ?” Sur ce point, l’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas porter le masque pendant la pratique du sport pour “éviter de réduire sa capacité respiratoire”.

Un seul masque pour dix heures en salle de travail

Beaucoup de femmes s’interrogent également sur la pertinence de porter un masque alors qu’elles restent parfois plus de dix heures en salle d’accouchement – le masque n’est efficace que quatre heures, selon les experts – et qu’elles transpirent beaucoup – le masque doit être changé quand il est humidifié, selon l’OMS. C’est le cas notamment de @graldineeee qui raconte sur Twitter avoir accouché d’un petit garçon en portant “un masque jetable pendant la totalité de mon séjour en hôpital privé à Antony”.

Pour permettre aux futures mamans d’accoucher dans des conditions sereines, le collectif préconise l’utilisation de masques FFP2 et de lunettes de protection pour le personnel soignant. “C’est aux professionnels de santé de se protéger”, argue Sonia Bisch.

En France, chaque maternité choisit d’appliquer, ou non, les recommandations émises par le Collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF). Le 30 septembre, un avis du CNGOF a été émis après plusieurs jours de concertation, stipulant que le port du masque reste “recommandé en présence des soignants” mais qu’il “ne peut être imposé” pendant les efforts expulsifs. Le texte a suscité une levée de boucliers de la profession, poussant le secrétaire général du CNGOF, le Pr Philippe Deruelle, à la démission. “Je pensais que la profession avait évolué, mais elle ne sait toujours pas écouter les femmes”, a regretté celui qui est également chef de la maternité du CHU de Strasbourg.

Se protéger, priorité des soignants

Dans les maternités, les soignants défendent leur volonté de se protéger. La sage-femme @noemie_rsimon interpelle les internautes sur Twitter. “Pour oser accompagner des femmes lors de la naissance de leur enfant, je mérite de prendre le risque de me contaminer ainsi que toute ma famille ? Vous ne savez peut-être pas mais une femme qui pousse postillonne énormément.”

De leur côté, les autorités de santé ne délivrent pas de recommandations nationales sur ce point. Interpellé par des journalistes le 9 octobre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’est engagé à se saisir du sujet. “Depuis le début de la crise du Covid-19, il n’a pas eu le moindre mot pour les maternités au cours de ses multiples interventions”, regrette Sonia Bisch.

Pour elle, le silence des autorités françaises en dit long sur “la bientraitance des femmes dans notre médecine”, mais aussi sur “leur place dans la société”. “Les femmes qui accouchent sont la dernière roue du carrosse, juge le collectif. C’est pratique car si elles se plaignent, elles seront vues (au choix, ou pas) comme des ‘chieuses’, des chochottes, hystériques, ingrates… Bref, comme ça, elles se taisent et encaissent. Le patriarcat n’a pas de limite.”

Reste qu’au Royaume-Uni, le Collège royal des sages-femmes demande aux équipes de se protéger et les patientes n’ont pas à porter de masque. Tout comme le Collège américain des obstétriciens et gynécologues, qui n’impose pas aux femmes le port du masque en salle de naissance.

Conséquence : en France, les futures mères prennent leurs dispositions. Celles qui le peuvent font le choix d’aller accoucher dans les quelques maternités où le port du masque n’est pas obligatoire, voire en Allemagne, où le masque ne leur est pas imposé.

Source: france24

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