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Covid-19 : bloqués à l’étranger depuis plus d’un an, des Australiens se sentent “apatrides”

Depuis plus d’un an, des dizaines de milliers d’Australiens sont bloqués à l’étranger. Dès février 2020, le pays avait décidé de fermer ses frontières et de restreindre l’accès à son territoire en raison de la pandémie de Covid-19. Face à cette situation, un petit groupe a décidé d’agir en déposant une pétition auprès du Comité des droits de l’Homme des Nations unies à Genève.

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Face à la menace du Covid-19, l’Australie s’est très tôt isolée du reste du monde. Dès février 2020, le pays a décidé de fermer ses frontières et de restreindre l’accès de son territoire aux Australiens de l’étranger. Des mesures pour empêcher la propagation du virus parmi les plus drastiques au monde.

Un an plus tard, les restrictions sont toujours en place et de nombreux Australiens sont dans l’incapacité de retourner dans l’île-continent. Le Premier ministre, Scott Morrison, s’était pourtant engagé à rapatrier tous les citoyens bloqués à l’étranger pour Noël.

Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui en proie au désespoir. Certains ont perdu leur travail, épuisé leurs économies et ont dû recourir à des emprunts pour survivre. D’autres sont tombés malades ou doivent rentrer pour s’occuper des leurs, qui se trouvent parfois dans un état de santé critique. 

Une pétition à l’ONU

D’après les chiffres officiels, près de 40 000 Australiens bloqués à l’étranger ont fait une demande de retour d’urgence.

Face à cette situation, un petit groupe a décidé d’agir en déposant, jeudi 1er avril, une pétition auprès du Comité des droits de l’Homme des Nations unies à Genève. 

Pour Geoffrey Robertson QC, l’avocat de renommée internationale chargé de mener cette action à l’ONU, les limitations drastiques d’entrées sur le territoire ne sont pas justifiées. Les quarantaines obligatoires de 14 jours imposées par les gouvernements régionaux sont largement suffisantes, selon lui, pour éliminer tout risque sanitaire. “Aucun gouvernement digne de ce nom n’imposerait des restrictions pour empêcher, pendant plus d’un an, ses citoyens de rentrer alors qu’ils sont prêts à se soumettre à une quarantaine”, a fustigé le Britannique d’origine australienne lors d’une interview sur la radio ABC.

La pétition adressée aux Nations unies s’appuie sur le Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui stipule, selon Geoffrey Robertson QC, que personne ne peut être “arbitrairement privé du droit d’entrée dans son propre pays”. 

Jason est l’un des initiateurs de la pétition. Microbiologiste vivant aux États-Unis, il a essayé de rentrer en Tasmanie avec sa femme pour rejoindre des membres de sa famille, âgés et malades. En vain. Sans une solution rapide, il devra bientôt gérer une situation inattendue : “Mon visa expire en décembre et je dois normalement quitter le pays et refaire une demande pour un nouveau visa depuis l’extérieur. Ma femme est en pleine dépression et angoisse à cause de cette situation sur laquelle elle n’a aucune prise”. 

Jason, ici au côté de sa femme Deborah à New York, est l’un des Australiens à l’origine de la pétition adressée au comité des droits de l'Homme de l’ONU. © Jason
Jason, ici au côté de sa femme Deborah à New York, est l’un des Australiens à l’origine de la pétition adressée au comité des droits de l'Homme de l’ONU. © Jason
Jason, ici au côté de sa femme Deborah à New York, est l’un des Australiens à l’origine de la pétition adressée au comité des droits de l’Homme de l’ONU. © Jason © Jason

Jason explique avoir pris conscience de l’ampleur du phénomène lorsqu’il a rejoint StrandedAussies.org et trouvé plusieurs autres groupes en ligne dans lesquels des Australiens partageaient leurs expériences et cherchaient des conseils.  

“Cette pétition (auprès de l’ONU) représente tous les Australiens bloqués à l’étranger”, souligne Jason, qui estime que le nombre réel de ceux qui souhaitent rentrer excède de loin le chiffre des 40 000 personnes avancé par les autorités. 

La pétition pourrait écorner l’image de l’Australie, dont la politique sanitaire pour contenir le virus est pour l’instant perçue à l’international comme un large succès.  

Avec un bilan officiel de 909 morts depuis le début de la pandémie, le pays a, jusqu’ici, échappé à la catastrophe sanitaire dont nombre de pays ont fait les frais. 

Environ 4 000 entrées hebdomadaires

Chaque semaine, seules 4 000 personnes environ peuvent entrer sur le territoire australien, en raison du faible nombre de places dans les hôtels chargés des quarantaines.

Bien que le gouvernement ait pris en charge des vols retour avec la compagnie nationale Qantas depuis Londres, Francfort et plusieurs capitales asiatiques, il n’y a pas assez de sièges pour tous. En difficultés financières, les compagnies étrangères ont dû réduire leurs vols, les forçant à refuser des passagers, voire annuler des vols à la dernière minute. Dès que des sièges sont disponibles, ils partent en quelques minutes. 

Ceux qui peuvent se le permettre payent entre 7 000 et 9 000 dollars australiens (de 4 500 à 5 800 euros) pour un billet considéré comme “fiable”, c’est-à-dire qui leur garantisse presque systématiquement de pouvoir voyager. À cela, il faut ajouter les 3 000 dollars (1 900 euros) obligatoires pour la quarantaine à l’hôtel. 

Les Australiens bloqués à l’étranger peuvent parfois compter sur l’aide de compatriotes ayant réussi à rentrer, comme Lucy Morrell. Cette membre du groupe Stranded Aussies (“Australiens bloqués à l’étranger”) a été rapatriée le 1er avril depuis le Japon avec son mari et sa fille de 12 ans. Si elle a dû s’y reprendre à trois reprises et débourser l’équivalent de plus de 14 000 euros, elle se considère néanmoins chanceuse. Elle accompagne désormais plusieurs personnes candidates au retour.

Lucy, sa fille et son mari le 31 mars 2021..
Lucy, sa fille et son mari le 31 mars 2021..
Lucy, sa fille et son mari le 31 mars 2021.. © Lucy Morrell

Parmi elles se trouve une travailleuse humanitaire d’une vingtaine d’années qui n’a pas pu revenir d’Afrique à temps avant la fermeture des frontières.

Sans travail lui permettant de payer un loyer, et ayant épuisé ses économies, la jeune femme a trouvé refuge auprès d’une famille locale. Sa mère a été obligée d’emprunter de l’argent en hypothéquant sa maison pour lui acheter un billet “fiable”, avec l’espoir qu’elle puisse bientôt rentrer.

“La citoyenneté s’arrête à la frontière”

Pour Lucy Morrell, le désespoir est de plus en plus grand parmi les expatriés. “Les gens deviennent plus fragiles. Ils sont usés après tous ces mois de tentatives infructueuses.” 

“Nous avons été contactés par des personnes exprimant des idées suicidaires. Elles sont dans l’incapacité de rentrer : n’étant pas considérées comme prioritaires car sans ressources, elles ne reçoivent aucune aide du gouvernement australien. Beaucoup d’entre elles n’ont pas la citoyenneté des pays où elles se trouvent et n’ont donc pas accès aux aides locales. C’est comme si elles étaient apatrides”, souligne Lucy Morrell. 

Lucy Morrell espère que la pétition à l’ONU va pousser le gouvernement à agir. “Il semble que la citoyenneté s’arrête à la frontière et que lorsque l’on quitte le territoire, nos droits ne sont plus les mêmes. Cette fois-ci, ce sont les expatriés qui souhaitent rentrer qui trinquent. Mais la prochaine fois que le gouvernement prend des mesures drastiques contre ses citoyens, un autre groupe pourrait en faire les frais”.  

Article adapté de l’anglais par David Rich. 

Source: france24

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