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Brésil : des militants tentent d’empêcher une fillette d’avorter, “cas symbolique de la menace conservatrice”

. Elle a coordonné le transfert de l’enfant jusqu’au CISAM. Pour elle, ce cas est symbolique et illustre la complexité de l’accès à l’avortement au Brésil :

Nous vivons un moment historique et très inquiétant avec beaucoup de menaces et de tentatives de retour en arrière par rapport à des droits déjà acquis. La question de l’avortement de cette petite fille est très emblématique. C’est un cas symbolique de ce que vivent les femmes brésiliennes et de la menace conservatrice, qui s’empare de la force des religions comme instrument de mobilisation.Une manifestation de ce type là, je n’en avais jamais vu. C’est justement une particularité du moment que nous vivons, cette expression de la haine. Nous avions déjà suivi un cas similaire, en 2009 : celui d’une petite de 9 ans, dans l’État de Pernambouc, abusée par son beau-père et tombée enceinte de jumeaux. Son histoire avait été très médiatisée et avait fait beaucoup de bruit dans la presse et au sein de l’Église. Les représentants des religions et les militants contre l’avortement sont actifs depuis plusieurs années au Brésil, mais leurs modes opératoires n’avaient jusqu’ici pas bénéficié de l’approbation des représentants du pouvoir législatif. Dans le cas de 2009, il n’y avait pas eu cette expression publique de la haine.
“Ces groupes font beaucoup de bruit, mais je pense que la voix prépondérante va dans le sens des droits de cette petite fille”
Nous avons pris connaissance du cas de cette fillette quand elle se trouvait encore à Victoria. L’hôpital était en train de faire retarder son avortement en demandant une décision judiciaire, ce qui n’était pas nécessaire. Or, retarder sa prise en charge comportait des risques pour sa santé et pouvait compliquer son avortement. Nous avons donc activé nos réseaux pour proposer à la famille de se déplacer vers un autre État. Le directeur du CISAM a accepté de l’accueillir. Mais son identité et le lieu où elle allait se faire avorter ont été rendus publics sur les réseaux sociaux. J’ai reçu un audio sur WhatsApp d’une personnalité évangélique qui disait qu’ils allaient tuer un enfant et qu’il fallait se rendre devant l’hôpital pour empêcher cela. C’est absurde et c’est cruel.

Nous avons donc dû monter une opération pour que cette fille soit en sécurité, en trouvant un chauffeur de confiance, en la faisant entrer par l’arrière de la maternité. Quand je l’ai vu, c’était une petite très triste. Heureusement, deux jours plus tard, il y a eu une démonstration de gentillesse de la part d’habitants de Recife qui lui ont déposé des cadeaux, des chocolats. Ce que nous voyons c’est que ces groupes font beaucoup de bruit, disent qu’ils ont des milliers de membres, mais je pense qu’ils sont une minorité et que la voix prépondérante va dans le sens des droits de cette petite fille.

“L’avortement ne doit plus être considéré comme un crime au Brésil”
Au Brésil, l’avortement est inscrit dans le code pénal où il est considéré comme un crime. Il est toutefois permis de pratiquer un avortement en cas de viol, de risque de mort pour la mère et [depuis une décision de la Cour suprême rendue en 2012, NDLR] en cas de présence d’une anencéphalie fœtale. C’est une des grandes luttes des mouvements féministes au Brésil : que l’avortement ne soit pas considéré comme un crime – du moment où il n’est pas pratiqué contre la volonté de la femme.
Certaines femmes n’ont même pas accès à ces informations concernant l’avortement. Au sein du Grupo Curumim, nous recevons beaucoup de messages de la part de victimes de violences sexuelles qui ne savent pas où aller, ou des victimes de violences sexuelles qui sont tombées enceintes et qui, parfois, ne savent pas qu’elles ont le droit d’interrompre la grossesse. Il y a beaucoup de désinformation sur ces sujets-là.

“En 2018, 21 000 mineurs ont eu des enfants au Brésil. Toute grossesse chez des filles de moins de 14 ans est le résultat d’un viol sur personne vulnérable”. Données relayées par le Grupo Curumim, source DATASUS (plateforme de données sur le système de santé au Brésil). 

Plusieurs procédures judiciaires liées au cas de cette jeune fille sont en cours. Une plainte a été déposée contre l’oncle de la fillette. Arrêté le 18 août, il risque jusqu’à 15 ans de prison.Le ministère public d’Espirito Santo a également intenté une action en justice contre la militante d’extrême droite Sara Giromini, ancienne membre des Femen, connue sous le nom de Sara Winter, pour avoir divulgué l’identité de l’enfant de 10 ans. Sa chaîne Youtube a été supprimée.

L’Église a de son côté condamné ceux qui pratiquent les avortements légaux. Le président de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), Walmor Oliveira de Azevedo, a qualifié de “crime odieux” l’avortement réalisé sur la fille de 10 ans et a regretté que les “représentant de la Loi de l’État, dont la mission est de défendre la vie, aient décidé de la mort d’un enfant”.

Pour Paula Viana, cette histoire ne doit pas être perçue comme un cas isolé. “Des milliers de filles et de femmes passent par là”, explique-t-elle. Selon les données du système de santé public brésilien, le SUS, en 2019, il y a eu chaque jour près de six hospitalisations pour avortement concernant des enfants de 10 à 14 ans.

Article écrit par Maëva Poulet.

Source: france24

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