Actualités

Bangladesh : les Rohingyas veulent défaire les barbelés qui ceinturent leurs camps

Publié le : 30/04/2021 – 19:56Modifié le : 30/04/2021 – 20:05

Après une vague d’incendies qui a frappé les camps de réfugiés Rohingyas au Bangladesh en mars 2021, des collectifs d’activistes se mobilisent pour faire retirer les fils barbelés et les clôtures qui les encerclent. Au-delà de la violence symbolique, ces installations mettent selon eux en danger la vie des habitants, restreignant les mouvements notamment en cas de danger, et sont symptomatiques de la nouvelle politique d’accueil du gouvernement bangladais à leur égard : les pousser à partir en limitant leur confort.

Publicité

Depuis le mois de mars 2021 et une vague d’incendies ayant fait au moins 15 morts, un collectif s’est créé sur Twitter pour mener campagne contre les clôtures et fils barbelés que le gouvernement bangladais a fait construire depuis fin 2019 autour de plusieurs camps de la région de Cox’s Bazar, où plus de 800 000 Rohingyas sont réfugiés depuis les persécutions qu’ils ont subies en Birmanie en 2017.

Selon nos Observateurs, ces clôtures visent à limiter les déplacements des Rohingyas à l’extérieur de leurs camps, sans pour autant les interdire totalement. 

La campagne Remove The Fence (Retirez la clôture) a ainsi publié les appels de plusieurs personnalités à démanteler ces installations, ainsi que plusieurs photos et vidéos documentant le danger qu’elles représentent.

“Nous sommes comme des humains de seconde classe qu’on voudrait cacher”

Pour Khin Maung, habitant du camp 13 d’Ukhia à Cox’s Bazar et fondateur de l’Association de la jeunesse Rohingya (Rohingya Youth association), ces clôtures ont bouleversé la vie des réfugiés quand elles ont commencé à apparaître fin 2019.

Nous ne pouvons plus nous déplacer librement. Quand il y a eu ces feux, les gens essayaient de s’échapper et se retrouvaient coincés, se blessaient en essayant de les franchir. Tout devient plus compliqué, il y a ces clôtures et, à l’entrée du camp, un portail avec des gardes, comme un checkpoint.

Le camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021.
Le camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021.
Le camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021. © Khin Maung

L’idée est de nous couper du reste de la société. Nous nous sentons comme des humains de seconde classe qu’on voudrait cacher. Nous sommes reconnaissants envers le gouvernement bangladais de nous avoir accueillis en 2017, mais nous voudrions pouvoir continuer de profiter de notre liberté”.

Plusieurs ONG comme Human Rights Watch ont elles aussi dénoncé l’installation de ces clôtures. HRW les juge “discriminatoires” et qu’elles “contreviennent aux droits humains et besoins humanitaires les plus élémentaires”.

“Ils veulent les pousser au départ”

Shafiur Rahman est un journaliste britannico-bangladais basé à Londres. Il travaille sur la question des réfugiés Rohingyas depuis plusieurs années.

En 2019, le gouvernement bangladais a adopté une série de mesures très restrictives pour les réfugiés. Il y avait l’installation de ces clôtures, mais aussi la coupure d’internet, la confiscation des cartes SIM, le lancement du camp sur l’île de Bashan Char [site inondable controversé où plus de 10 000 Rohingyas ont été installés, NDLR].

{{ scope.counterText }}

{{ scope.legend }} © {{ scope.credits }}

{{ scope.counterText }}

{{ scope.legend }}

© {{ scope.credits }}

En ce qui concerne les clôtures, ils n’ont pas simplement enfermé tous les réfugiés ensemble dans un grand complexe, ils ont séparé certains camps les uns des autres. Ils doivent terminer leur construction en juin 2021. 

Le camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021.
Le camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021.
Le camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021. © Khin Maung

Avant les incendies, elles posaient déjà problème : certains se sont retrouvés hors des limites et ont dû déménager, toutes les distances pour se déplacer ont été rallongées puisqu’il faut les contourner, les habitants se sont retrouvés à la merci du bon vouloir des gardes qui demandent parfois des pots-de-vin ou à inspecter leurs téléphones. Ça a notamment causé beaucoup de soucis aux personnes âgées ou aux femmes enceintes pour se rendre dans les structures de soin.

L’entrée du camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021.
L’entrée du camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021.
L’entrée du camp 27 de Jadimura à Cox’s Bazar, clôturé de fils barbelés. Photo prise le 30 avril 2021. © Khin Maung

Les enfants qui avaient l’habitude de jouer dehors se retrouvent à jouer tout près de ces clôtures qui ont à certains endroits été mal installées, et parfois ils se blessent.

Un enfant joue au milieu des fils barbelés du camp 2E de Cox’s Bazar, le 29 avril 2021.
Un enfant joue au milieu des fils barbelés du camp 2E de Cox’s Bazar, le 29 avril 2021.
Un enfant joue au milieu des fils barbelés du camp 2E de Cox’s Bazar, le 29 avril 2021. © Remove The Fence

Pour justifier leur installation, le gouvernement évoque la sécurité des réfugiés, mais clairement, c’est avec ces clôtures que leur sécurité est mise en danger. Il n’y a pas eu de consultation avec la communauté Rohingya, ni avec la plupart des ONG présentes sur le terrain. Il faudrait instaurer une confiance avec la communauté, répondre aux besoins de base plutôt que de traiter ces gens comme des criminels.

À mon avis le gouvernement fait cela à des fins politiques interne, pour répondre au sentiment négatif croissant des Bangladais à l’encontre des Rohingyas. Ils veulent limiter leur confort, les pousser au départ, tout en sachant que c’est impossible pour eux de rentrer en Birmanie pour le moment.

Depuis plusieurs années, le Bangladesh tente de négocier avec la Birmanie pour que les centaines de milliers de Rohingyas présents sur son territoire puissent rentrer dans leur pays d’origine. Le dernier processus en cours a été stoppé quand des militaires birmans se sont emparés du pouvoir le 1er février, fragilisant la situation sécuritaire en Birmanie.

Selon l’ONU, les Rohingyas sont aujourd’hui une des minorités les plus persécutées au monde.

Source: france24

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :