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Avec 122 000 inscrits à leur primaire, les écologistes veulent croire à une dynamique

Plus de 122 000 personnes se sont inscrites à la primaire qui désignera le candidat écologiste à la présidentielle de 2022. Un record de participation qui laisse planer le suspense sur l’issue du vote et qui, selon Europe Écologie-Les Verts, coorganisateur du scrutin, pourrait créer une dynamique positive.

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Si Arnaud Montebourg n’avait pas déjà adopté l’expression, les écologistes pourraient parler de “remontada”. Longtemps ils ont craint de ne mobiliser que le petit cercle de leurs militants. Il n’y avait que 35 000 inscrits il y a encore dix jours. Mais au terme d’une dernière semaine de campagne d’inscription, 122 670 électeurs participeront à la primaire des écologistes, dont le premier tour se déroulera, en ligne, du 16 au 19 septembre, et le second du 25 au 28 septembre.

“C’est une première étape et c’est un succès !”, affirme Sandra Regol, numéro 2 du parti Europe Écologie-Les Verts (EELV), contactée par France 24. “Il y a cinq ans, il y avait eu 17 000 participants. Notre record, en 2011 avec Nicolas Hulot, était de 32 000. Là, nous faisons plus du double des deux dernières primaires réunies. C’est considérable.”

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La performance est d’autant plus surprenante que le contexte médiatique n’était pas favorable. Entre la prise de pouvoir des Taliban en Afghanistan durant l’été, le début du procès des attentats du 13-Novembre, les vingt ans du 11-Septembre ou encore les annonces des candidatures d’Arnaud Montebourg ou d’Anne Hidalgo, il ne restait plus beaucoup de place pour les candidats à la primaire des écologistes pour exister.

Trois débats télévisés ou en ligne en une semaine (le 5 septembre sur franceinfo, le 8 septembre sur LCI, le 10 septembre sur Mediapart) ont permis de rendre cette primaire un peu plus visible. Et surtout, les cinq candidats – Delphine Batho, Jean-Marc Governatori, Yannick Jadot, Éric Piolle, Sandrine Rousseau – ont multiplié les déplacements dans les jours précédant la clôture des inscriptions pour inciter un maximum d’électeurs à participer au scrutin.

“L’écologie grande gagnante de cette primaire”

“On voit qu’il y a un véritable intérêt pour l’écologie, et c’est l’écologie qui est d’abord la grande gagnante de cette primaire, poursuit Sandra Regol. Nous sommes très au-delà de notre cercle de militants, donc clairement, c’est un thème qui a réussi à s’imposer dans les débats publics et qui mobilisent les gens à travers la France.”

Les dirigeants écologistes veulent croire à une dynamique entamée avec le bon score de Yannick Jadot aux élections européennes de 2019 et poursuivie avec la prise de plusieurs villes importantes, telles Lyon, Strasbourg ou Bordeaux, aux élections municipales de 2020.

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Mais pour Daniel Boy, directeur de recherches émérite au Cevipof et spécialiste de l’écologie politique, contacté par France 24, deux autres éléments ont sans doute été des facteurs importants pour expliquer le grand nombre d’inscrits à la primaire des écologistes.

“Il y a d’abord les annonces quasi quotidiennes de catastrophes naturelles qui maintiennent une tension sur cette thématique écologiste-environnementale et qui favorisent la prise de conscience dans la population, explique le chercheur. Et il y a aussi un élément plus politique : les écologistes font une primaire quand tous les autres partis ou presque s’y refusent, pour diverses raisons. Il y a peut-être des électeurs de gauche qui les récompensent d’avoir maintenu une logique démocratique pour choisir leur candidat à l’élection présidentielle.”

L’argument du nombre d’inscrits risque en tout cas de peser lourd lorsque d’éventuelles discussions avec le Parti socialiste pour une candidature commune débuteront. Alors que Yannick Jadot avait fait le choix de se retirer en 2017 au profit du socialiste Benoît Hamon, lui et tous les autres candidats à la primaire écologiste affirment qu’ils iront cette fois-ci jusqu’au bout.

L’écologie, un thème devenu “mainstream”

Problème : le futur vainqueur de la primaire ne sera pas le seul, durant la campagne présidentielle, à parler d’écologie ou de protection de l’environnement. De la planification écologique de Jean-Luc Mélenchon au “localisme” de Marine Le Pen, en passant par “l’écologie pragmatique” des Républicains, tous les candidats ont désormais intégré qu’ils devaient évoquer cette question et mettre sur la table des propositions.

“L’écologie n’appartient ni à un seul parti ni ne constitue un programme à elle seule”, a d’ailleurs écrit la candidate socialiste déclarée à la présidentielle, Anne Hidalgo, dans son livre à paraître le 15 septembre, “Une femme française” (éditions de l’Observatoire).

“Cela montre d’abord que nous avons gagné la bataille culturelle en imposant l’environnement et le climat dans le débat public”, estime Sandra Regol, qui ne considère pas les autres candidats ayant “verdi” leur programme comme une menace. “Il y a aujourd’hui une attente d’action et de résultats. Donc notre message consistera à dire : ‘il n’y a pas d’écologie sans écologistes’. On l’a vu avec Emmanuel Macron et la nomination de Nicolas Hulot [au ministère de la Transition écologique] : mettre un écologiste à la gestion des pâquerettes, ça ne suffit pas. Même la justice le dit, puisque l’État français a été condamné car il n’avait pas fait son travail en matière d’écologie.”

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Reste à savoir quel candidat sera plébiscité lors de cette primaire écolo qui a pour habitude de réserver des surprises en mettant au tapis le favori : en 2016, l’ancienne ministre Cécile Duflot avait été battue par Yannick Jadot, tandis qu’en 2011, Eva Joly l’avait emporté face au très médiatique Nicolas Hulot.

“Du choix des électeurs dépendra en partie l’espace politique du futur candidat des Verts, souligne Daniel Boy. Il est certain que l’écoféminisme porté par Sandrine Rousseau ou la décroissance soutenue par Delphine Batho sont des créneaux politiques plus difficiles à élargir que ceux de Yannick Jadot ou d’Éric Piolle.”

Si du côté d’Europe Écologie-Les Verts, on admet que le suspense est entier, on retient surtout l’excellente tenue des candidats lors des débats, qui “n’ont pas sombré dans les invectives”. Peu importe l’identité du futur vainqueur, pour Sandra Regol c’est le collectif qui doit primer grâce à des prétendants “à la fois différents et complémentaires”. Les résultats du premier tour, en fin de semaine, diront si l’esprit d’équipe subsiste en vue du second tour.

Source: france24

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