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Aux Maldives, la pandémie de Covid-19 aggrave le sort des travailleurs migrants

Aux Maldives, de nombreux travailleurs migrants n’ont pas reçu leurs salaires depuis près de six mois. Ce blocage a déclenché une importante vague de manifestations, dont la plus récente s’est déroulée le 21 juillet sur l’atoll de Vaavu et a conduit à l’arrestation de 22 personnes. Nos Observateurs expliquent que ces retards de paiement, qui ont été aggravés par la pandémie de Covid-19, exposent davantage les migrants à des conditions de travail dangereuses.

La majorité des travailleurs expatriés aux Maldives sont des ouvriers non qualifiés qui travaillent dans les secteurs de la construction et du tourisme. La plupart sont originaires d’Inde, du Bangladesh et du Népal. Ces travailleurs sont particulièrement susceptibles d’être exploités et nombre d’entre eux sont victimes de trafic d’êtres humains.

Souvent, ils travaillent dans des conditions dangereuses et vivent dans des lieux insalubres. La pandémie de Covid-19 a aggravé leur sort : actuellement, 1 472 travailleurs bangladais ont été testés positifs au Covid-19, ce qui représente la moitié des 3 369 cas enregistrés aux Maldives.

Fathimath Saaira est membre de l’ONG et mouvement politique de gauche « Navaanavai » qui milite pour les droits des travailleurs migrants. Elle a visité plusieurs chantiers :

L’exploitation des travailleurs migrants n’est pas nouvelle, mais les nombreuses manifestations révèlent leurs conditions actuelles. La pandémie de Covid-19 a rendu visible ces problèmes.

Dans la vidéo ci-dessous, les travailleurs migrants de l’île Hulhumalé décrivent les conditions dans lesquelles ils vivent.

Dans cette vidéo, les travailleurs migrants expliquent qu’ils sont contraints d’utiliser de l’eau sale et polluée pour se doucher, et qu’ils n’ont pas où jeter leurs ordures. 

 

Ils sont souvent forcés de manger, de vivre et de dormir dans des conditions inhumaines, qui peuvent être similaires à celles de camps de travail. Une fois qu’un étage d’un bâtiment est terminé, ils les laissent [les migrants] y vivre sans abri adéquat. Ils doivent se réveiller à 5 heures du matin pour travailler.Dans la plupart des cas, les travailleurs reçoivent le même petit-déjeuner et le même déjeuner tous les jours : lentilles, riz, et du pain. Il s’agit souvent de produits bon marché et mauvais pour la santé.

Ils doivent cuisiner et faire tout ce qu’ils ont à faire dans une petite zone à moitié cloisonnée. Ils ne respirent pas un bon air, ils doivent prendre une douche dans un espace ouvert, sans savon, rien. Ils sont vraiment désespérés.

Dans cette seconde vidéo, des travailleurs migrants de l’île de Hulhumale font état de leurs conditions de vie dans une structure temporaire.

« Nous sommes dans cet endroit, nous vivons comme des chiens. Ils ne nous demandent pas si nous avons de quoi manger ou boire (…) Ils ne nous payent même pas nos salaires », explique notamment la personne filmée.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, un porte-parole d’Island Expert Pvt, l’entreprise qui embauche ces travailleurs sur le site d’Hulhumalé, a nié les accusations de mauvais traitements. Cette entreprise thaïlandaise est très active dans le secteur de la construction aux Maldives, et le gouvernement est l’un de ses plus gros clients.
« Les allégations telles que la malnutrition, les conditions de vie insalubres et le non-respect de l’accès à la santé/au médical sont toutes fausses et ont été réfutées par l’intermédiaire de l’Autorité des relations de travail et de la Commission des droits de l’homme des Maldives après leur inspection et leur enquête », a-t-il assuré.

 

Des manifestations en raison des retards de paiement
En juillet, alors que plusieurs entreprises de construction n’avaient pas payé leurs employés depuis plusieurs mois – et même avant la pandémie – la situation s’est empirée.

« Le versement des salaires de notre personnel a été retardé depuis le début de l’année, représentant entre trois et quate mois de retard de paiement, en raison d’importants paiements non reçus de nos clients tels qu’Ensis Fisheries Pvt Ltd », a encore expliqué le porte-parole d’Island Expert Pvt à notre rédaction.

Les travailleurs recrutés par Island Expert Pvt pour construire des appartements à Hulhumalé n’ont pas reçu de salaires depuis décembre 2019. À terme, ces appartements doivent accueillir des membres des services de police (MPS) et des forces armées maldiviennes (MNDF).

L’entreprise avait promis de payer les salaires dus ces sept derniers mois au 12 juillet, mais les ouvriers n’ont reçu que l’équivalent de 89 euros chacun. Certains ont expliqué au journal local Sun Media qu’ils devraient recevoir au moins 290 euros par mois. Avec 600 travailleurs sur le site, c’est au moins 180 000 euros qui n’ont pas été versés.

Fatigués d’attendre, les ouvriers ont organisé une manifestation en banlieue de la ville d’Hulhumalé, le 14 juillet. Après des affrontements avec la police, 41 d’entre eux ont été arrêtés. Comme beaucoup n’ont pas de papiers d’identité, les poursuites ont été retardées.

Dans cette vidéo diffusée en direct sur Facebook et filmée par Afsah Damps, un habitant, des manifestants portant des masques et des gilets de travail jaunes de l’entreprise Island Expert Pvt défilent dans les rues. Les tensions montent lorsque la police intervient.

Vidéo d’une manifestation contre l’entreprise Island Expert Pvt, filmée par Afsah Damps.

Source: france24

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