Actualités

Après le siège du Capitole, le Congrès reprend la séance pour valider la victoire de Biden

En milieu de soirée, six heures après le coup d’éclat des émeutiers, les élus ont pu reprendre leurs travaux visant à confirmer la victoire de Joe Biden.

Ils n’ont cependant pas repris là où ils avaient laissé, profitant de leur temps de parole initial pour dénoncer les actes des dernières heures et se porter à la défense de la démocratie.

À ceux qui ont semé le chaos dans notre Capitole aujourd’hui : vous n’avez pas gagné. LGa violence ne gagne jamais. La liberté l’emporte. Et ceci est encore la Chambre du peuple, a déclaré d’emblée le vice-président Mike Pence, qui, en sa qualité de président du Sénat, mène cette séance cérémoniale.

Remettons-nous au travail, a-t-il conclu, sous les applaudissements.

Son ton et la teneur de ses propos tranchaient avec ceux du président Donald Trump, qui, un peu plus tôt, dans une déclaration vidéo publiée sur les réseaux sociaux, a appelé mollement ses partisans à « rentrer chez eux », disant comprendre leur douleur. Nous vous aimons, vous êtes très spéciaux, a-t-il dit.

Les États-Unis d’Amérique ne seront pas intimidés, a pour sa part déclaré le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell. Nous n’allons pas plier devant l’anarchie. Nous allons certifier le gagnant de l’élection de 2020.

Ils ont essayé de perturber notre démocratie. Ils ont échoué.

Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat

Les démocrates qui ont ensuite pris la parole ont lié l’assaut du Capitole à la rhétorique du président, qui refuse de concéder la victoire en dépit de l’élection légitime de Joe Biden.

Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déploré que le temple de la démocratie [ait] été profané. Ceux qui ont commis ces actes répréhensibles ne peuvent pas être appelés des manifestants. Non, il s’agissait d’émeutiers et d’insurgés, de voyous et de malfrats, de terroristes nationaux, a-t-il lancé.

Ce sera une tache sur notre pays qui ne sera pas si facilement effacée. [C’est] l’héritage final, terrible et indélébile du 45e président des États-Unis. Sans aucun doute notre pire.

Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat

Dans la foulée d’un communiqué dans lequel il a critiqué le rôle du président Trump dans les événements de la journée, Mitt Romney, seul sénateur républicain à avoir voté en faveur de sa destitution, n’a pas mâché ses mots, dénonçant une insurrection provoquée par un homme égoïste à l’orgueil blessé.

Après avoir critiqué dans son communiqué ses collègues qui contestent les résultats, il leur a adressé un message, soulignant que l’audit qu’ils réclament ne convaincra pas les partisans pro-Trump persuadés à tort de sa victoire.

La meilleure façon de respecter les électeurs qui sont en colère est de leur dire la vérité. La vérité, c’est que Biden a gagné et Trump a perdu.

Mitt Romney, sénateur de l’Utah

Fidèle allié du président Trump au cours des quatre années de son mandat, le sénateur Lindsey Graham, qui aux dires du secrétaire d’État de la Georgie est même intervenu pour faire rejeter des voix exprimées en faveur du candidat démocrate, a tracé une ligne, évoquant les multiples recours judiciaires perdus par le camp Trump et ses alliés.

Ne comptez plus sur moi. Assez, c’est assez. [Joe Biden] est le président légitime des États-Unis. Joe Biden et Kamala Harris ont été élus de façon légale.

Lindsey Graham, sénateur de la Caroline du Sud

Dans une allocution télévisée, Joe Biden a lui aussi dénoncé une « attaque sans précédent » contre la démocratie.

On savait que la contestation des résultats électoraux par plusieurs dizaines de républicains, dont au moins 13 sénateurs, retarderait la procédure amorcée à 13 h (HNE) et rendrait son déroulement mouvementé. Mais l’irruption de partisans de Donald Trump dans le Capitole a carrément semé le chaos dans ce processus, ce qui a mené à la suspension de la séance et à l’évacuation des élus.

Avant la mise sur la glace forcée de la procédure, les élus avaient commencé à débattre de la certification des résultats, mais ils n’avaient pas eu le temps de se rendre bien loin. Le premier débat, sur la certification des résultats de l’Arizona, était commencé depuis environ une heure.

Avertissement de Trump à Pence

Au cours des derniers jours, le président Trump a multiplié les pressions sur son numéro deux pour qu’il bloque la victoire de Joe Biden, mais de l’avis des experts, la Constitution et la loi électorale ne lui confèrent pas cette autorité.

Mike Pence l’a d’ailleurs lui-même souligné dans une lettre transmise plus tôt aux élus.

Le serment que j’ai prêté pour soutenir et défendre la Constitution m’empêche de revendiquer le pouvoir unilatéral de déterminer quels votes électoraux doivent être comptés et lesquels ne doivent pas l’être. Mon rôle en tant que président est largement cérémonial, a-t-il écrit, ajoutant toutefois que les élus avaient le droit de contester les résultats.

Celui qui a fidèlement servi Donald Trump pendant quatre ans s’est attiré une rebuffade de son patron sur Twitter.

Mike Pence n’a pas eu le courage de faire ce qui aurait dû être fait pour protéger notre pays et notre Constitution en donnant aux États une chance de certifier un ensemble de faits vérifiés, et non les faits frauduleux ou inexacts qu’on leur demandait de certifier auparavant.

Donald Trump, président sortant des États-Unis

La situation est délicate, voire périlleuse pour M. Pence, candidat potentiel à l’investiture républicaine de 2024 qui ne veut pas se mettre à dos les fervents partisans de Donald Trump, considérés comme essentiels à une victoire.

Peu avant le début de la séance, Donald Trump s’était adressé à ses partisans, servant un avertissement à son numéro deux.

Mike Pence, j’espère que vous allez vous battre pour le bien de notre Constitution et de notre pays. Et si ce n’est pas le cas, vous allez me décevoir. Je vous le dis tout de suite, je n’entends pas de bonnes choses, avait-il lancé, signalant qu’il ne concéderait « jamais » la victoire.

Selon des sources du site Axios, l’annonce officielle de la victoire de Joe Biden par Mike Pence constituerait, aux yeux de Donald Trump, l’acte de trahison suprême.

Si l’attitude adoptée par Mike Pence peut avoir des conséquences sur ses ambitions présidentielles, il en va de même pour d’autres républicains, notamment ceux qui contestent la validité de l’élection présidentielle dans certains États clés.

C’est le cas d’autres candidats potentiels à la présidence, comme les sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley, qui, selon plusieurs commentateurs, agissent comme ils le font pour rester dans les bonnes grâces de la base électorale du président Trump.

C’est d’autant plus notable pour le sénateur Cruz, candidat malheureux à l’investiture républicaine de 2015-2016, qui, lors de la convention républicaine, avait appelé les militants à voter selon [leur] conscience plutôt que se rallier à celui qui l’avait vaincu.

Un processus vite interrompu

Avant l’intrusion des partisans pro-Trump, il était déjà prévu que le processus s’étirerait pendant plusieurs heures en raison de la dissidence au sein du camp républicain. De l’avis des experts, la confirmation de la victoire de Joe Biden laisse cependant peu de doute.

La session avait d’abord été interrompue après une dizaine de minutes. Comme prévu, il n’a fallu attendre qu’au troisième État, l’Arizona, pour que des objections soient exprimées.

Les résultats de cinq autres États clés – Georgie, Michigan, Nevada, Pennsylvanie et Wisconsin – pourraient aussi faire l’objet de contestations, mais il faudra voir si les déroulements de l’après-midi modifient les plans des élus républicains dissidents.

La représentante républicaine Cathy McMorris Rodgers, qui avait annoncé son intention de s’opposer à la validation de certains résultats, a indiqué un changement de cap à la lumière de l’irruption des émeutiers.

Les résultats certifiés doivent être comptabilisés un État après l’autre. Ils doivent être présentés par ordre alphabétique des États à des élus du Sénat et de la Chambre des représentants issus des deux partis, qui doivent les lire à voix haute et les comptabiliser.

D’habitude, chaque objection, si elle est présentée par écrit et soutenue par au moins un élu de chaque Chambre, doit être suivie d’un débat de deux heures dans chacune des deux Chambres.

Pendant le débat sur l’Arizona, le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, qui a été relégué à la minorité dans la foulée des élections sénatoriales de la Georgie de la veille, a exprimé son opposition à la démarche, parlant du vote le plus important en 36 ans de carrière.

Les électeurs, les tribunaux et les États se sont tous exprimés – ils se sont tous exprimés. Si nous infirmons leur décision, cela endommagerait pour toujours notre république.

Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat

Le président Trump affirme que l’élection a été volée. Les affirmations vont d’allégations [d’irrégularités électorales] locales […] à de vastes théories de conspiration, a-t-il déclaré. Les tribunaux ont rejeté ces affirmations à maintes reprises, a-t-il dit, mettant en garde contre une spirale de la mort de la démocratie américaine.

Lui-même avait été critiqué pour sa reconnaissance très tardive de la victoire de Joe Biden.

À lire aussi :

Source: Radio-Canada | Info – En continu

Ajouter un commentaire

Click here to post a comment

%d blogueueurs aiment cette page :