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Allemagne : flambée de violences néonazies dans un quartier d’immigrés à Berlin

Ferat Ali Kocak, militant antiraciste local et vice-porte parole du parti politique Die Linke (“La Gauche” en français), a observé ces deux dernières années une forte augmentation des violences d’extrême-droite dans le Nord de Neukölln.

Le terrorisme d’extrême-droite s’opère de façon ininterrompue depuis 11 ans à Neukölln, malgré le fait que les coupables soient connus. Mais, en 2018, cela a pris une nouvelle forme.Auparavant, les nazis se concentraient davantage sur le sud du quartier, et attaquaient ou menacaient des individus seuls. Ces individus étaient de ceux qui militent dans les paroisses et soutiennent les réfugiés, qui ont une vision du vivre-ensemble diverse et pacifique, des gens comme le libraire Heinz Ostermann qui encouragent le travail de mémoire [sur l’Holocauste].

Dans le nord du quartier, les violences ne visent pas uniquement les individus mais la ville toute entière. La cible des attaques devient alors la communauté immigrée. Des voitures [appartenant à des immigrés] sont incendiées régulièrement, voire des immeubles. Il y a des tags nazis partout.

Par “petits délits” on entend par exemple le vols de Stolpersteine [des plaques métalliques à la mémoire des victimes de la Shoah ornant le trottoir, NDLR] ou le marquage de maisons.

Ferat Ali Kocak a publié la photo de cette affiche vandalisée le 23 juillet, elle honorait la mémoire des victimes du nazisme.

Capture d’écran d’une story publiée par Ferat Ali Kocak sur Instagram. “Cela se passe aussi à Neukölln ! Des affiches ont été vandalisées ici, elles rendaient hommage à tous ceux qui ont été assassinés par les nazis depuis 1990.
Ferat Ali Kocak a lui-même a été la cible des néo-nazis. Il y a deux ans, sa voiture a été incendiée, selon lui par des personnes liées à l’extrême-droite. L’agence de renseignement allemande a confirmé que des néo-nazis avaient l’avaient suivi avant l’attaque.

Des néo-nazis m’ont suivi pendant un an et demi. La police était au courant mais ne m’a pas informé. Deux semaines avant mon agression, des nazis [dont un membre du Parti national-démocrate d’Allemagne et un autre du parti Alternative pour l’Allemagne, des partis ultraconservateurs et eurosceptiques, NDLR] m’ont suivi pendant un événement sur lequel j’avais communiqué sur les réseaux sociaux. J’ai été suivi jusque chez moi. Deux semaines plus tard, ma voiture a été brûlée.

Réseaux d’extrême-droite et méfiance envers la police

Dans de nombreuses régions d’Allemagne, l’extrémisme de droite repart à la hausse. En 2019, le gouvernement a comptabilisé 32 080 extrémistes “encartés”, contre 24 100 en 2018. Ce calcul comprend les membres de deux branches de l’AfD (le parti Alternative pour l’Allemagne) : la branche jeune “Junge Alternative”, et la branche identitaire “Der Flügel”.

De nombreux cas de violences d’extrême-droite sont le fait de poignées d’individus. “L’identification de petits groupes et de suspects individuels en particulier s’avère être un défi particulier pour les autorités”, affirme un rapport de l’Office fédéral de protection de la Constitution publié en 2019.

La police berlinoise est très critiquée pour son manque de rigueur dans la prévention des violences néo-nazies. Des enquêtes ont été menées au sujet des groupes néo-nazis au sein de la police allemande et, en 2018, des membres du parti d’extrême-gauche Die Linke ont reçu des menaces de mort contenant des données personnelles obtenues auprès de la police de Francfort. Selon le journal Der Spiegel, ces menaces étaient étroitement liées à l’extrême-droite. Le 14 juillet 2018, le directeur de la police du Land [état fédéré allemand dont Francfort est la capitale] de Hesse, Udo Münch, a démissionné suite à l’enquête du procureur.

Pour Ferat Ali Kocak, ces affaires signifient que la police n’est pas digne de confiance quand il s’agit d’arrêter efficacement la violence d’extrême-droite et les néo-nazis.

Il ne s’agit pas de se méfier de toute la police. Pour nous, il est important de séparer les bons des mauvais. Ceux qui ont une mentalité d’extrême-droite devraient être suspendus. Ainsi, ceux qui font bien leur travail pourront regagner la confiance des citoyens.

Leo W., qui a souhaité témoigner de façon anonyme, a partagé des photos avec la rédaction des Observateurs de France 24 qui montrent des affiches placardées à Neukölln, elles montrent des néo-nazis connus des habitants du quartier. Il affirme que l’identité des personnes ayant collé ces affiches n’est pas connue.

J’ai vu ces affiches un peu partout à Neukölln, la photo a été prise sur Wildenbruchstraße, devant le Sahara Imbiss, un restaurant soudanais qui sert des falafels. Quelques affiches ont été arrachées, ce qui suggère que les nazis essaient d’interrompre cette campagne de dénonciation.

Cette photo montre l’une des affiches vandalisées, arrachée d’un mur à l’extérieur de la station de U-Bahn Rathaus à Neukölln.

Ferat Ali Kocak craint que ce ne soit pas pas suffisant :

“Faut-il qu’il y ait un Hanau [une fusillade xénophobe survenue en 2019 à Hanau, en Allemagne, NDLR] avant qu’une voix ne s’élève ?”

Article écrit par Sophie Stuber.

Source: france24

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