Physical Address

304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124

« Mot en n » : Radio-Canada s’excuse, mais porte la décision du CRTC en appel

Dans sa réponse publiée mercredi matin, la direction du diffuseur public estime que le CRTC a outrepassé ses pouvoirs en ce qui à trait à l'indépendance du diffuseur public et que sa décision du 29 juin représente une menace parce que le Conseil tente de se donner le pouvoir de compromettre l’indépendance journalistique.

Comme l’ont fait remarquer des voix dissidentes au sein même du CRTC, celui-ci n’avait ni l’autorité, ni la juridiction pour rendre cette décision et a, en exerçant son pouvoir discrétionnaire, ignoré la liberté de la presse que garantissent la Charte canadienne des droits et libertés et la Loi sur la radiodiffusion, écrit-elle.

« Il s’agit d’une grave erreur. Nous ne pouvons tout simplement pas accepter cette ingérence du CRTC dans le travail journalistique au pays. »

— Une citation de  Extrait du communiqué de la direction de Radio-Canada

Le 29 juin dernier, le CRTC a blâmé la société d'État pour l’utilisation répétée du mot en n pendant une émission radiophonique et a exigé du diffuseur public des excuses écrites publiques ainsi qu’un plan pour éviter que pareille situation se reproduise.

Dans sa décision majoritaire assortie de deux opinions dissidentes, le CRTC avait donné raison au plaignant qui a exprimé son mécontentement quant à l'utilisation du mot en n à quatre reprises dans un segment de l’émission Le 15-18 animée par Annie Desrochers sur ICI Radio-Canada Première dans le Grand Montréal, le 17 août 2020.

Invité à commenter l’actualité, le chroniqueur Simon Jodoin y partageait son avis sur l’acceptabilité sociale de nommer le titre du livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique, après le lancement d’une pétition exigeant le renvoi d’une professeure de l’Université Concordia qui avait cité l'ouvrage en classe.

Il abordait entre autres les conséquences qui découlent de la polémique entourant sa mention et il affirmait que celle-ci masque le contenu de l’œuvre et la pensée de l’auteur.

Saisie du dossier par un plaignant insatisfait des réponses obtenues auprès de l'ombudsman du diffuseur public, le Conseil a finalement reconnu que le mot n’avait pas été utilisé de manière discriminatoire dans le cadre de la chronique et concédait qu’il peut exister d’une collectivité à l’autre une évolution différente du "mot en n".

Il n'en jugeait pas moins que la diffusion d’une mise en garde claire à l’auditoire au début du segment de l’émission aurait été appropriée. Les mises en garde à l’auditoire visent à aider les auditeurs à faire leurs choix d’émissions, écrivait-il.

Il soutenait en outre que la SRC n’a pas fait preuve de suffisamment de prudence et de vigilance dans la façon dont elle a traité le propos et que la SRC n’a pas fait suffisamment preuve de respect et de sensibilité envers les communautés concernées par le terme.

Plaidant que la programmation de la Société devrait refléter le caractère multiculturel et multiracial du Canada. Conséquemment, l'organisme fédéral concluait que le segment en question n’a pas contribué au renforcement du tissu culturel et social et au reflet du caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne.

Il affirmait en outre que le contenu diffusé lors du segment de l’émission Le 15-18 de la SRC va à l’encontre des objectifs et valeurs de la politique canadienne de radiodiffusion et qu’il n’a pas respecté la norme de programmation de haute qualité.

Devant ce constat, le CRTC exigeait que la SRC fournisse des excuses écrites publiques au plaignant et obligeait la SRC à annoncer publiquement d’ici le 27 septembre 2022 des mesures internes et des pratiques exemplaires en matière de programmation qu’elle mettra en place, y compris des lignes directrices aux animateurs, chroniqueurs et invités en ondes, afin de s’assurer de mieux traiter d’un sujet semblable à l’avenir.

Considérant que le segment litigieux demeurait accessible en ligne et en rattrapage, le Conseil ordonnait également à la SRC de lui fournir des précisions sur la manière dont elle compte atténuer l’impact du "mot en n" d’ici le 29 juillet 2022.

La décision du CRTC a été vivement critiquée par différentes voix, dont une cinquantaine d'animateurs et de journalistes connus de Radio-Canada, qui avaient demandé à la haute direction du diffuseur public de contester vigoureusement les excuses.

Ils affirmaient que cette décision est inquiétante parce qu'elle menace la liberté d'expression et l'indépendance journalistique. Elle met, d’une part, en cause les principes de liberté et d’indépendance qu’exige notre métier et, d’autre part, ouvre la porte aux dangers que constituent la censure et l’autocensure, écrivaient-ils.

Plus de détails à venir.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1897763/reponse-src-decision-crtc-mot-en-n.

Leave a Reply