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Les monarques se portent bien, affirment des biologistes américains

L’écologiste Andy Davis et ses collègues de l’Université de la Georgie ont colligé quelque 135 000 observations citoyennes de monarques effectuées entre 1993 et 2018 et enregistrées dans les relevés annuels de l'Association nord-américaine des amateurs de papillons.

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Un monarque

Photo : iStock / Santo Salvarez

Selon les chercheurs, ces données montrent que la croissance de la population pendant l'été compense les pertes hivernales de papillons.

Des millions de papillons Danaus plexippus empruntent deux routes migratoires sur le continent nord-américain : celle à l’ouest des Rocheuses et celle de l’est, où les papillons sont beaucoup plus nombreux. Ces corridors s’étendent sur 4000 km entre, d'une part, le sud du Canada et, d'autre part, le sud de la Californie et le centre du Mexique.

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De la chenille au papillon

Photo : iStock

Le saviez-vous?

La migration des monarques du sud au nord se fait sur plusieurs générations, tandis que celle du nord au sud se fait en une seule génération.

Depuis 20 ans, la baisse radicale du nombre de papillons inquiète les scientifiques, particulièrement ceux qui étudient la population de l’est, qui passe l’hiver dans les forêts du Mexique.

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Un monarque

Photo : iStock

Trois causes expliquent le déclin des populations de monarques, selon les connaissances actuelles :

  • Les changements climatiques causent plus d’événements météorologiques comme des tempêtes et des sécheresses pendant la migration automnale.
  • Le recours aux pesticides détruit les asclépiades qui avoisinent souvent les champs agricoles. Cette plante est indispensable au cycle de vie du monarque puisqu’elle constitue l’unique source de nourriture des chenilles.
  • Au Mexique, les coupes forestières illégales ont mené à une perte d’habitats des papillons dans ce pays.

Population estivale

Les travaux ont porté sur la population estivale de papillons adultes à l'échelle des États-Unis. Andy Davis et son équipe affirment que dans l'ensemble, cette population de monarques est restée relativement stable au cours des 25 dernières années et que l'abondance de l’espèce en général aurait même légèrement augmenté pendant cette période. Selon ces chercheurs, elle progresserait de près de 1,4 % par année.

L'augmentation du nombre de monarques l’été dans certaines régions, notamment en Californie et dans le sud des États-Unis, peut refléter le remplacement des populations migratrices par des populations résidentes, notent les chercheurs dans un communiqué.

Méthodologie sélective

La méthodologie de l’étude et l’analyse des résultats par Andy Davis ne font pas l’unanimité parmi les experts de ces papillons.

Le biologiste Alessandro Dieni, coordonnateur de la Mission monarque à l’Insectarium de Montréal, affirme que l’idée de départ de l’étude est intéressante puisqu’elle tente d’établir un portrait global de la population estivale des monarques à l’aide de données récoltées par des observations citoyennes.

Toutefois, M. Dieni a des réserves. Il s’interroge sur le choix des 403 sites d’observations retenus dans l’étude. Les critères de sélection : des papillons devaient y avoir été recensés sur une période d’au moins 10 ans entre 1993 et 2018 et devaient aussi avoir été observés pendant plus de cinq ans.

« Seuls des sites de haute qualité, certainement riches en asclépiades et en nectar, ont été conservés dans l’étude. Le portrait peut montrer une stabilité ou même une croissance, mais il ne reflète pas ce qui se passe à l’échelle du continent. »

— Une citation de  Alessandro Dieni

M. Dieni estime quand même que les données à la base de l’étude permettent de prendre une photo de la situation à l’échelle continentale. Ce portrait gagnerait cependant à être mieux cadré.

Je serais curieux de refaire le même exercice à partir de sites où il y a eu moins d’observations. Je tiendrais aussi compte de stades immatures, notamment ceux des œufs et des chenilles, ce qui donnerait un portrait plus complet, ajoute Alessandro Dieni.

« Parfois, il peut y avoir beaucoup d’adultes, mais si les chenilles se font rares pendant une certaine période, il y aura moins d’adultes qui migreront vers le sud plus tard. »

— Une citation de  Alessandro Dieni

Les données montrent pourtant une baisse du nombre d’individus dans la région agricole de la Corn Belt, dans le Midwest, considérée comme le centre de l'aire de reproduction de cette espèce.

Cette réalité, jumelée aux recensements hivernaux très bas observés au Mexique, n’inquiète pas Andy Davis. Lorsque les papillons reprennent le chemin du nord au printemps, ils peuvent vraiment compenser les pertes hivernales.

« Une seule femelle peut pondre 500 œufs : ils sont donc capables de rebondir énormément s'ils disposent des bonnes ressources. Cela signifie que le déclin des colonies en hiver n’est pas vraiment représentatif de l'ensemble de la population de l'espèce : il est en quelque sorte trompeur. »

— Une citation de  Andy Davis

La situation au Mexique

En outre, au cours des derniers mois, certaines études ont fait état de nouvelles colonies dans les sites forestiers au Mexique. Certaines études montrent aussi que des colonies semblent mieux se porter cette année.

Alessandro Dieni explique que ces informations doivent elles aussi être replacées dans un contexte global.

Le scientifique rappelle que des travaux ont établi que les risques d’extinction de la population migratrice de l’est sont élevés si celle-ci couvre moins de six hectares de forêt au Mexique.

« Aux actualités, on entend que les populations rebondissent de 35 %. En réalité, on est passés de 2,1 hectares à 2,8 hectares. C’est une bonne nouvelle, mais on est encore bien en-dessous de la cible de six hectares, qui serait une taille de population considérée comme étant stable et moins en danger. »

— Une citation de  Alessandro Dieni

Le chercheur affirme que des populations de monarques sont parfois découvertes dans des zones inexplorées de la forêt ou à des endroits où les papillons n’avaient jamais été observés. Cependant, de façon générale, même avec les nouvelles colonies découvertes, les chiffres sont quand même relativement bas.

Science participative

M. Dieni ne remet pas en question la base de données utilisée dans l’étude, créée grâce à une communauté de bénévoles qui, chaque année, y publient des observations.

On peut ne pas être d'accord avec les interprétations de l’article, mais je trouve intéressant qu’on utilise des données de science participative, note M. Dieni. À Mission monarque, nous pensons que la cueillette de données par la communauté non scientifique est une très belle façon de venir en aide à des espèces menacées.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1892453/monarques-populations-population-estivale-situation.

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