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Deux milliards d’arbres d’ici 2030 : les sylviculteurs attendent des assurances d’Ottawa

La Smoky Lake Tree Nursery, au nord-est d'Edmonton, est une des cinq pépinières membres de la coopérative de producteurs Coast to Coast Forestry. Ce groupe est un des principaux producteurs de semis de l’Alberta et fournit 55 millions de plants par année, soit un peu moins de 10 % de la production canadienne.

Les ambitions du fédéral pour le reboisement tardent cependant à s’y matérialiser. Aucun des 10 à 12 millions de plants d'arbres qui poussent à Smoky Lake n’est destiné au programme de plantation de deux milliards d’arbres.

La majorité de ce qu’on produit est destinée à des compagnies privées dans l’industrie forestière ou dans le secteur pétrolier et gazier pour des projets de restauration, explique le sylviculteur Scott Formaniuk.

Comme plusieurs, il applaudit les ambitions d’Ottawa, mais il déplore le manque de clarté en ce qui a trait aux prochaines étapes du processus. Ce programme découle d'une promesse électorale faite en 2019. Ottawa prévoit qu'il coûtera 3,2 milliards de dollars.

En 2021, la coopérative a fourni environ 150 000 arbres pour un projet financé par le programme de deux milliards d’arbres. Scott Formaniuk explique cependant que ces semis provenaient de la réserve que la coopérative constitue chaque année pour des projets de dernière minute. Coast to Coast attend encore de savoir si elle sera retenue pour un projet en 2022.

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Il faut attendre de un à trois ans, selon les essences et les méthodes de production, avant que les semis soient prêts à être plantés.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Près de 600 millions d’arbres sont plantés au Canada chaque année. Les pépinières devront donc rapidement accroître leur production annuelle de 40 % pour atteindre les objectifs du gouvernement Trudeau en 2030.

On ne va pas investir autant d’argent pour construire ce genre d’infrastructure sans garantie d’avoir des contrats à long terme, explique cependant Scott Formaniuk, qui précise soutenir entièrement les objectifs du programme.

Une fois l’équipement en place, il faut attendre de un à trois ans, selon les essences et les méthodes de production, avant que les semis ne soient prêts pour la transplantation.

Personne ne va produire des plants forestiers en espérant les vendre plus tard, ajoute Stéphane Boucher, président de l’Office des producteurs de plants forestiers du Québec.

Porte-parole du ministère des Ressources naturelles du Canada, Mirabelle Ibalanky répond cependant qu’un appel d’offres pour des contrats à long terme a été lancé.

Le programme a reçu plus de 200 propositions dans le cadre de cet appel concurrentiel et est en train d'évaluer ces demandes par l'entremise de groupes d'experts. À la suite de ce processus, Ressources naturelles du Canada sera en mesure de signer des accords pluriannuels jusqu’en 2031 avec les bénéficiaires afin d'appuyer des projets de plantation d'arbres à long terme.

L’Association canadienne des pépinières et des paysagistes indique que les discussions avec Ottawa progressent mais qu’une augmentation massive de la production sans garantie de contrat représente un risque élevé pour les pépinières.

Scott Formaniuk croit cependant qu’il faudra environ deux ans pour construire les serres, un délai qui pourrait s’étirer en raison des problèmes d’approvisionnement.

Des ententes doivent également être signées avec les provinces qui ont compétence sur les forêts. Des discussions sont notamment en cours avec le Québec et l’Alberta.

Se protéger des risques à long terme

Plusieurs producteurs craignent aussi d’investir dans de l’équipement qui deviendra obsolète une fois le programme terminé.

Augmenter de 10 %, c’est une chose. Augmenter de 20 %, 30 %, 40 % ou 50 %, c’est autre chose, précise Stéphane Boucher. On ne pourra pas aménager une pépinière pour arriver en 2030 et se faire dire qu’on retourne en arrière et que tout ce qu’on a investi n’a servi que quelques années.

« Soudainement, on s'est retrouvés avec une capacité de production excédentaire et une concurrence sans merci entre les producteurs. »

— Une citation de  Scott Formaniuk, sylviculteur, Coast to Coast Forestry

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Scott Formaniuk explique qu’il faudra plusieurs années pour amortir le prix des nouvelles infrastructures.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Plusieurs producteurs demandent donc de l’aide du fédéral pour investir dans leur équipement. Selon Stéphane Boucher, qui est également président-directeur général des Pépinières Boucher, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les subventions du gouvernement québécois ont aidé à accélérer la mécanisation du secteur. Il croit cependant qu’il reste encore des progrès à faire dans ce domaine.

L’inflation et le manque de main-d'œuvre sont également des sources d’inquiétude.

Sortir du moule forestier

Des 600 millions [d’arbres plantés chaque année], environ 595 millions sont des conifères, explique Donnie McPhee, coordonnateur du Centre national de semences forestières. La vaste majorité est destinée à l’industrie forestière.

Il faut noter que le nouveau programme fédéral ne peut pas inclure des arbres qui auraient été plantés en vertu d'une réglementation déjà existante.

Ottawa souhaite de plus qu’une part substantielle des arbres plantés le soient à l’extérieur des régions normalement exploitées par l’industrie forestière. Cela comprend notamment la plantation d’arbres feuillus en milieu urbain.

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Les graines pour les arbres doivent avoir été récoltées dans la même région où ils ont été plantés.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Cependant, il n’existe pas de chaîne de production capable de produire un tel volume d’arbres feuillus, surtout parce qu’il doit s’agir d’espèces locales adaptées à la région où elles seront plantées.

Le territoire non réglementé pose le principal défi, ajoute cependant Donnie McPhee. Il y a peut-être des graines disponibles, mais elles ne sont pas nécessairement utilisables pour les deux milliards d’arbres.

Le centre collabore donc avec des pépinières d’un peu partout au pays pour les aider à diversifier leur production.

Les propriétaires de pépinières croient cependant que l’objectif de 2030 est de moins en moins réaliste. Il va falloir qu’ils revoient l’échéancier pour aller plus loin que 2030. Au lieu d’avoir un pic de production et ensuite de tomber dans le vide, ce serait mieux de maintenir une cadence plus élevée et prévisible sur 10 ou 15 ans, croit Stéphane Boucher, de l'Office des producteurs de plants forestiers du Québec.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1891603/attentes-producteurs-2-milliards-arbres-contrat-long-terme.

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