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Crise du logement au Québec : « On a perdu le contrôle »

Plusieurs immeubles abritant des logements à prix modiques ont été détruits pour laisser place à de nouvelles constructions, bien trop chères pour les anciens locataires. Un quatre et demie à 1400 $, les gens ne peuvent pas se payer ça, observe-t-il.

La situation est semblable dans plusieurs villes du Québec, souligne Cédric Dussault, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

C’est sans précédent ce qu’on vit actuellement. Dans toutes les régions, on a des problèmes.

« Dans l’ensemble du Québec, il y a une pénurie, voire une absence quasi totale de logements abordables. »

— Une citation de  Cédric Dussault, porte-parole du RCLALQ

À Sherbrooke, le taux d’inoccupation moyen est à 0,9 %. C’est moins que la moyenne québécoise pour les villes de plus de 10 000 habitants (2,5 %), mais plus que bien d’autres villes.

Dans un marché équilibré, le taux d'inoccupation devrait se situer autour de 3 %.

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Ces dernières années, il y a eu une augmentation des évictions et des reprises de logement, rapporte M. Dussault, même dans des régions qui n’avaient jamais connu ce genre de problème et où il n’y a donc pas de comité logement pour venir en aide aux locataires touchés.

Les besoins ont explosé à l'extérieur des centres urbains et les ressources ne sont pas là, ni les groupes de défense des droits ni les aides municipales, explique-t-il. On n’avait jamais vécu ça.

Ce que confirme Amélie Pelland, coordonnatrice et intervenante sociale à Action-Logement Lanaudière, qui constate une détérioration de la situation depuis environ trois ans.

Alors que son organisme avait l'habitude de gérer une dizaine de cas par année, en 2021 il en a traité une centaine. Cette année, il y a déjà une cinquantaine de cas qui sont essentiellement des reprises de logement ou des augmentations de loyer abusives.

« Avant, ce qu’on avait, c’était des cas d’insalubrité. Maintenant, les gens n’appellent plus pour ça. Ils ont peur de perdre leur taudis. »

— Une citation de  Amélie Pelland, d'Action-Logement Lanaudière

Les gens sont anxieux, en panique, explique Mme Pelland. Ils ont peur de perdre leur logement parce qu’ils savent très bien qu’ils ne réussiront pas à s'en trouver un autre.

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Des immeubles HLM à Joliette.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Qui plus est, les cas répertoriés sont une minorité, rappelle Yannick Baumann, chargé de cours au Département de géographie de l‘Université de Montréal. Membre du Comité d'action de Parc-Extension (CAPE), il est actif dans l'accompagnement des locataires évincés de ce quartier de Montréal.

On est passé d'une dizaine de plaintes pour reprises ou évictions en 2017 à plus d'une trentaine en 2021, raconte-t-il. Mais il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas le CAPE. On sait que ça ne représente que la pointe de l'iceberg.

Que font les gens qui perdent leur logement?

Certains louent un nouveau logement trop cher pour leurs moyens. On voit de plus en plus de locataires consacrer plus de la moitié de leurs revenus au loyer, explique Cédric Dussault. Mais quand on consacre plus de 30 % au loyer, on empiète sur nos besoins essentiels. Après, ils doivent fréquenter des banques alimentaires et des groupes d’entraide pour le reste de leurs besoins.

Les demandes d'aide aux banques alimentaires ont explosé au cours des dernières années.

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D’autres louent des logements inadéquats, trop petits ou insalubres, ou bien se résignent à s’éloigner du centre-ville de Montréal.

Ainsi, les ménages qui quittent Parc-Extension se dirigent vers des quartiers comme Saint-Michel, Rivière-des-Prairies ou Anjou, où il y a moins de services de proximité et l’accès aux transports en commun est plus difficile, constate Yannick Baumann.

Ils sont obligés de se déplacer vers des espaces plus périphériques, moins bien desservis, où l’on trouve moins de services et où l’accès aux transports en commun est plus difficile, déplore Xavier Leloup, professeur au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS.

« Ils vont devoir faire des arbitrages et laisser tomber certains critères. Ça peut être la taille, la qualité ou la localisation. »

— Une citation de  Xavier Leloup, professeur à l'INRS

D’autres enfin, se retrouvent tout simplement sans domicile fixe.

Ceux qui ont un réseau social vont aller chez des amis ou chez des membres de leur famille, ceux qui le peuvent retournent chez leurs enfants, et les moins chanceux vont dormir dans leur voiture. L'itinérance est de plus en plus présente, mais elle est cachée, observe Amélie Pelland.

Des drames humains

Cette augmentation de l’itinérance préoccupe beaucoup le milieu.

[Avec l’explosion du coût des loyers], il y a une série de ménages ou de personnes seules qui vont se retrouver itinérantes, pense Xavier Leloup. Il craint de voir se multiplier les campements d’envergure, à l’image de ceux qui se sont établis dans la ville au cours des deux derniers étés.

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Des personnes sans domicile fixe ont dressé des tentes sur la rue Notre-Dame, à Montréal, en 2020 et 2021, avant d’être évincées par la Ville.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Cédric Dussault pense, lui aussi, que les campements vont se multiplier partout au Québec.

« On est pas mal au fond du baril. Les locataires n’ont nulle part où aller. »

— Une citation de  Cédric Dussault, porte-parole du RCLALQ

Avec les drames humains qui se cachent derrière ces situations.

L’incertitude par rapport au logement, ça augmente l'angoisse des gens qui ont une santé mentale plus fragile, relate Mario Mercier.

« Il y a des gens qui vivent des situations complètement impossibles, qui nous font ressembler au tiers-monde. Ce sont des malheurs et des souffrances que les gens ne voient pas. »

— Une citation de  Mario Mercier, de l’Association des locataires de Sherbrooke

La situation est particulièrement difficile pour les pères et mères de famille, qui doivent assurer le bien-être de leurs enfants, estime-t-il. Les gens sont résilients, mais si la situation continue à se détériorer, il y en a qui ne passeront pas le cap.

Une réalité que constate Amélie Pelland dans Lanaudière. Si une famille perd son logement et se retrouve sans domicile fixe, elle peut faire l’objet d’un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse et court le risque que les enfants lui soient retirés, affirme-t-elle.

Les parents sont jugés irresponsables s’ils n’ont pas de logement, note Mme Pelland. Avec le coût actuel des loyers, c’est à se demander s’il va falloir gagner 100 000 $ par année pour pouvoir élever des enfants, ironise-t-elle.

Dans la plupart des marchés, le taux d’inoccupation est encore plus bas pour les logements de trois chambres à coucher que pour les autres types de logements, et les loyers sont plus élevés.

Le gouvernement du Québec a annoncé en mai qu’il consacrerait 77,8 millions de dollars pour venir en aide aux ménages locataires, essentiellement grâce à des suppléments au loyer.

Pour les organismes communautaires d’aide au logement, ce n’est toutefois pas suffisant. Ils comptent bien se faire entendre cet été pour obtenir des mesures pérennes, dont un contrôle des loyers obligatoire, des mesures pour freiner les évictions et la construction de logements sociaux.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1888093/crise-loyers-abordables-regions-inoccupation.

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