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Volkswagen : audience au Brésil pour d’anciennes « pratiques esclavagistes »

L'audience à huis clos, qui a débuté à 14 h (heure locale), est une première étape pour évaluer s'il est possible de trouver un accord financier afin d'éviter des poursuites judiciaires, a expliqué à l'AFP Rafael Garcia, procureur responsable du dossier.

Il y a eu des violations graves et systématiques des droits de la personne, et Volkswagen était directement responsable, a-t-il ajouté.

Les enquêteurs ont rédigé un dossier de 90 pages avec des témoignages sur les atrocités commises par des dirigeants de Volkswagen, dont au moins un Allemand, et des gardes armés dans un ranch de bétail de 70 000 hectares dans le bassin amazonien, dont l'entreprise était propriétaire.

Selon ces témoignages, les ouvriers, embauchés notamment pour des travaux de déforestation, travaillaient dans des conditions proches de l'esclavage, forcés à dépenser presque tout leur maigre salaire pour acheter sur place de la nourriture vendue à des prix exorbitants.

« Les travailleurs étaient systématiquement victimes d'agressions physiques. Ceux qui tentaient de s'échapper étaient frappés, attachés à des arbres et laissés sur place des jours durant. »

— Une citation de  Rafael Garcia, procureur responsable du dossier

Un ouvrier a tenté de s'échapper, mais s'est fait capturer. Pour le punir, ils ont enlevé sa femme et l'ont violée, peut-on lire dans le rapport d'enquête, un témoignage corroboré par trois personnes. D'autres témoignages font état de disparitions suspectes.

Le constructeur automobile allemand a assuré dans un courriel envoyé à l'AFP être disposé à contribuer très sérieusement à l'enquête.

Mais il s'est pour le moment refusé tout commentaire sur le dossier, disant attendre l'audience de mardi pour clarifier l'ensemble des accusations dont il fait l'objet.

Précédents judiciaires

En 2020, le groupe Volkswagen avait payé 36 millions de réais (9,1 M$ CA) pour indemniser des familles d'ex-ouvriers torturés ou assassinés durant la dictature militaire (1964-1985).

L'audience de mardi porte plus précisément sur la période 1974-1986. À l'époque, le groupe avait bâti une grande exploitation agricole en Amazonie, la Companhia Vale do Rio Cristalino, qui est devenue le plus grand ranch de bétail de l'État du Para, dans le nord du pays.

Les atrocités ont été dénoncées dans un premier temps par Ricardo Rezende, prêtre catholique qui a passé des années à compiler des témoignages de victimes après s'être installé dans le Para en 1977.

Le fait qu'un constructeur automobile décide de se lancer dans l'exploitation agricole peut sembler incongru, mais cela en dit long sur la politique environnementale du régime militaire, qui offrait des aides à des agriculteurs, mais aussi à de grandes entreprises, pour développer la région amazonienne à marche forcée, à grands coups de déforestation.

Volkswagen adorait la dictature

Volkswagen aurait notamment bénéficié d'abattements fiscaux et de prêts sans intérêt, grâce à ses liens étroits avec les généraux au pouvoir.

« D'une part, Volkswagen adorait la dictature, d'autre part, [le ranch] était très lucratif, avec près de 6000 personnes travaillant presque gratuitement. »

— Une citation de  Ricardo Rezende, prêtre catholique lanceur d'alerte

M. Rezende assure que ce genre de pratiques étaient répandues dans la région et qu'elles se sont maintenues après la fin du régime militaire.

C'est impossible de compenser les souffrances d'une personne qui a été torturée en payant des indemnités. Il n'y a pas de réparation suffisante pour les souffrances des femmes dont les maris ou les fils ne sont jamais revenus, a insisté le prêtre.

Cependant, une réparation symbolique est nécessaire, selon lui.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1891029/industrie-automobile-bresil-dictature-militaire-esclavage-tribunal.

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