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80 % des drêches des brasseries Molson-Coors et Labatt exportées aux États-Unis

Dès que la cargaison se vide, Patrick Lahaise monte à bord de son tracteur et ajoute à la drêche de l'ensilage de foin et de l’ensilage de maïs. Il complète le mélange avec des grains de maïs, du gru blanc de blé (un sous-produit de la farine) et du tourteau de soya.

Son mélangeur brasse le tout. La ration est ensuite distribuée aux vaches dans l’étable. Leur réaction est instantanée : elles se précipitent pour dévorer le mélange.

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La ferme Lahaise compte 300 vaches laitières.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Patrick Lahaise se réjouit d’utiliser la drêche – ce résidu des céréales utilisées après la fabrication de la bière – qui est riche en protéines et moins coûteuse que plusieurs autres aliments.

La drêche est un produit compétitif. C’est un produit qui remplace un peu tous les ingrédients qu’il y a à la ferme. Donc, ça permet de réduire les importations d’intrants à la ferme, comme le maïs, le soya ou les importations d’autres sources de protéines qui, souvent, viennent de l’extérieur, explique-t-il.

En contexte inflationniste, l’agriculteur s’estime chanceux d’avoir accès au produit, car la majorité des drêches des plus importantes brasseries du Québec sont exportées dans des fermes américaines.

Furst-McNess est le seul sous-traitant de Molson-Coors et de Labatt qui gère leurs drêches. L’entreprise se spécialise dans l'achat de produits alimentaires qu’elle revend au secteur agricole.

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Daniel Fréchette est agronome et directeur des ventes chez Furst-McNess, qui achète les drêches de Molson-Coors et de Labatt, et les revend à des agriculteurs.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Nos plus grands clients en ce moment, ce sont de grosses fermes laitières dans l'État du Vermont et dans l’État de New York. 80-85 % de notre volume total de ces deux entités-là est exporté aux États-Unis, confie Daniel Fréchette, agronome et directeur des ventes pour l’est du pays.

Il compte entre 50 et 55 camions-remorques de 35 tonnes chacun qui traversent la frontière chaque semaine, chargés de drêches brassicoles du Québec.

Une fois que les drêches quittent les usines de Molson-Coors et de Labatt, c’est le sous-traitant Furst-McNess qui s’occupe du reste. Les entreprises brassicoles n’ont pas d’influence sur le choix des clients.

Il y a des camions qui passent probablement devant les fermes qui devraient ou qui pourraient en recevoir, se désole Jean-Thomas Maltais, président des producteurs bovins du Québec. La hausse des prix des intrants lui fait réaliser que les producteurs québécois devraient s’intéresser davantage aux drêches, surtout pour l’industrie bovine.

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Jean-Thomas Maltais souhaite que davantage d’agriculteurs puissent utiliser les drêches pour nourrir leurs animaux.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

On a de gros parcs d’engraissement qui ont plusieurs milliers de têtes […]. Ça mange de grosses quantités de drêches, fait-il valoir. M. Thomas estime que les fermes québécoises pourraient utiliser les drêches de Molson-Coors et de Labatt.

Le taux de change rend le produit particulièrement intéressant pour les Américains. Mais la drêche l’est aussi pour les agriculteurs du Québec.

Une mentalité à changer?

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Les bœufs peuvent se nourrir de plusieurs résidus alimentaires, dont les drêches de brasserie.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Ce n’est pas nécessairement la philosophie des producteurs d’ici de travailler avec des ingrédients simples comme de la drêche de brasserie, constate Daniel Fréchette. Selon lui, les représentants des meuneries cherchent à travailler avec leurs produits. Ils offrent des services-conseils aux agriculteurs pour optimiser leurs productions et vendent aussi différents produits, dont des moulées. La plus grande coopérative au Canada est Sollio, anciennement appelée Coop fédérée.

Patrick Lahaise, autrefois vice-président des Producteurs de lait de Lanaudière, abonde dans le même sens que Daniel Fréchette. Les fermes, au Québec, pendant longtemps, ont levé le nez sur les sous-produits. On est habitués avec nos coopératives et nos meuneries d’avoir des produits complets, déjà tous balancés. L’utilisation de sous-produits, on est en retard sérieusement, souligne-t-il.

Jean-Thomas Maltais n'est pas d'accord. Selon lui, les agronomes des coopératives sont ouverts à utiliser autre chose que leur moulée. Ils ne poussent pas à vendre leur moulée complète. Ils poussent à utiliser ce que tu as sur le terrain aussi. Ils sont conscients de nos problèmes, note-t-il.

Vendre rapidement la drêche

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Les vaches laitières de la ferme Lahaise aiment particulièrement les drêches brassicoles.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

L’utilisation de la drêche comporte certains défis de logistique. Tous les agriculteurs ne sont pas équipés comme Patrick Lahaise pour recevoir et traiter de grandes quantités de drêches, comme celles que doivent écouler Molson-Coors et Labatt chaque semaine. C’est d’ailleurs ce que fait valoir Sollio Groupe Coopératif.

Peu de fermes au Québec ont des besoins assez grands pour de telles quantités, alors que beaucoup de grosses fermes américaines y voient pour leur part un intérêt, indique Virginie Barbeau, conseillère principale en communications chez Sollio.

Le produit étant humide, il doit être écoulé rapidement pour éviter sa putréfaction. Les meuneries n’utilisent pas de produits humides, seulement des produits secs, ajoute Mme Barbeau. Sécher la drêche entraînerait, selon elle, d’importants coûts en transport et en logistique. D'autre part, l'utiliser humide n’est pas optimal, selon elle, car une alimentation à base d’ensilage de maïs contient déjà de l’eau.

Le producteur laitier Patrick Lahaise admet qu’il était sceptique au départ sur l’utilisation de la drêche. Il se demandait si l’investissement en valait la chandelle. L’essayer, c’est l’adopter, résume-t-il.

Tout est une question d'organisation parce que les fermes, selon Patrick Lahaise, ont la capacité de recevoir ces volumes.

L’humidité force aussi le distributeur Furst-McNess à vendre rapidement la drêche qui ne peut être entreposée. C’est sûr que le transport, c’est le nerf de la guerre parce que c’est excessivement coûteux, ajoute Daniel Fréchette. Le directeur des ventes aurait tout intérêt à trouver des acheteurs québécois pour limiter ses dépenses en essence.

Pour le moment, force est de constater que c’est impossible.

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Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1888919/agriculture-exportation-dreche-molson-labatt-biere.

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