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L’essor du tourisme autochtone confronté à la pénurie de main-d’oeuvre

Survivre à la pandémie

La pandémie mondiale a, comme dans plusieurs autres domaines d'activité, freiné le tourisme autochtone, un secteur qui connaissait auparavant une forte croissance.

Ça nous a vraiment affectés, lance Gregg Kanatewat, directeur adjoint à l’Auberge Maanitaaukimikw, à Chisasibi, au nord-est de la baie James.

Les restrictions sanitaires imposées par le gouvernement cri, assorties des restrictions du gouvernement du Québec, ont fait en sorte que seuls quelques réunions ont pu avoir lieu dans l’auberge depuis le début de la pandémie.

Même son de cloche pour le cofondateur de l'entreprise Les épices du guerrier, Daniel Picard.

L'homme d'affaire d'origine huronne-wendate explique que son entreprise alimentaire a perdu énormément, vu l’absence de festivals, spectacles, restaurants, salons, etc.

« C’est sûr qu’on a perdu des centaines et des centaines de milliers de dollars en ventes. »

— Une citation de  Daniel Picard, cofondateur de Les épices du guerrier

M. Picard admet toutefois que la pandémie a forcé son équipe à se réinventer, l'incitant à devenir une des premières entreprises autochtones au Canada à entrer sur la plateforme en ligne Amazon Prime. On vend maintenant nos plantes via la plus grosse plateforme planétaire. C'est cool, ça fait travailler des gens. se réjouit-il.

Le directeur général de Tourisme Autochtone Québec (TAQ), Dave Laveau, se réjouit que 66 % des promoteurs autochtones considèrent leur entreprise stable malgré la pandémie, et que 36 % aient des projets de développement.

Il reconnaît toutefois que 32 % des promoteurs ont perdu des employés, qui ont quitté l'industrie, et que, dans certains secteurs, les promoteurs devront être plus créatifs à certains égards, notamment en vue du manque de cuisiniers, de personnel à l'accueil et de personnel à l'entretien ménager.

TAQ a tout de même connu une augmentation du nombre de ses membres durant la pandémie, en plus d’avoir déployé du financement et des ressources de toute sorte afin de pouvoir permettre aux organismes et entreprises touristiques autochtones d’encaisser le coup.

Relancer l'industrie en pleine crise économique

Dave Claveau, de TAQ, a bon espoir par rapport au retour des activités, et assure que l'offre sur le terrain est prête.

Gregg Kanatewat, est lui aussi optimiste quant aux prochains mois. Il est convaincu que son lieu d'hébergement fera des revenus cet été, l’Auberge Maanitaaukimikw affichant complet jusqu’à la mi-août.

Il souligne toutefois que la reprise de la construction dans les communautés autochtones y a été pour quelque chose : l’auberge hébergera des constructeurs pendant tout l’été, et ne commencera probablement à accueillir des touristes qu’à l’automne.

Ces touristes seront-ils au rendez-vous? Oui, estime Greg Kanatewat. Le monde ne pouvait pas voyager [durant la pandémie] justifie-t-il, expliquant que la nation crie n’a presque plus aucune restriction sanitaire. Il ajoute par ailleurs que les réservations par différents organismes et entreprises se multiplieront dans la prochaine année.

Dave Laveau s'attend à une excellente saison pour les lieux d'hébergement autochtones. Il a également la certitude que le public québécois répondra présent.

M. Laveau mentionne un récent sondage commandé par TAQ à la firme Léger qui révèle que 89 % des Québécois sont intéressés à vivre une expérience autochtone, mais que 88 % ne savent pas vraiment comment s'y prendre.

Assister à un pow-wow

Les pow-wow sont des rassemblements autochtones auxquels les allochtones sont aussi conviés, dans une perspective de réconciliation. Il s'agit de cérémonies sacrées où s'expriment des danseurs et des joueurs de tambour. Vous souhaitez assister à un pow-wow? Découvrez les dizaines de pow-wow organisés à travers le Québec en 2022 ici (Nouvelle fenêtre). Consultez aussi notre Guide 101 des pow-wow afin de participer à ces événements en tout respect des peuples qui les tiennent.

Cet enthousiasme ne semble pas partagé par Daniel Picard, qui s'inquiète de la santé financière de son entreprise.

« Le gouvernement est de plus en plus frileux à prêter, sans parler du manque de personnel… »

— Une citation de  Daniel Picard, cofondateur de Les épices du guerrier

Il confie ainsi devoir se tourner vers des entreprises de financement — une mesure qu'il juge coûteuse et engageant beaucoup plus de mise en garantie — afin de pouvoir remédier à la situation.

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Patrice Dion (à gauche) et Daniel Picard (à droite) ont fondé l’entreprise Les épices du guerrier en 2017.

Photo : ATTRACTION IMAGES / Yanick.Macdonald.Photographe

Daniel Picard garde toutefois espoir. Il évoque sa fierté de se faire dire par des clients que ses épices leur permettent de se changer les idées, notamment en vue des nouvelles sombres et péjoratives concernant les Autochtones. On nous dit que manger nos épices, ça donne le sourire… À long terme, on va être gagnant., lance-t-il.

Indice d’une redynamisation du secteur, les organismes Tourisme Montréal et Tourisme Autochtone Québec ont annoncé jeudi une collaboration afin d’explorer de multiples options de partenariat, le tout dans l’objectif de renforcer la coopération entre les différents acteurs de l’industrie touristique québécoise, en tout respect de leurs valeurs mutuelles.

Parmi les projets de collaboration, il est prévu de sensibiliser les employés de Tourisme Montréal aux réalités autochtones, d'identifier des endroits (éphémères ou permanents) pour mettre en valeur la culture autochtone et de déposer une candidature afin que Montréal puisse accueillir le Congrès international du tourisme autochtone.

Le tourisme autochtone face à de nouveaux défis

Tourisme Autochtone Québec ne cache pas son ambition, et souhaite dépasser le cadre provincial dans la promotion de ses attraits. L’organisme souligne ainsi qu’un visiteur international sur trois au Canada s’intéresse aux expériences touristiques autochtones, et semble particulièrement viser les visiteurs de France et d’Allemagne.

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Or, cette ambition ne se concrétisera pas de sitôt. Le tourisme international n’est pas encore revenu en pleine capacité, explique Dominic Lapointe, professeur au département d'études urbaines et touristiques de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. Il évoque notamment la pénurie de main d'œuvre et l’augmentation des prix comme causes de cette diminution du tourisme international.

Avec ce désir d'ouverture au monde, le tourisme autochtone pourrait, par l’envie de plaire à sa clientèle, s'exposer à la folklorisation, la simplification et la dénaturation des communautés.

Toutefois, aux yeux de Dominic Lapointe, la folklorisation est quelque chose qui est inhérente au tourisme.

Dave Laveau ne partage pas cette vision.

Le tourisme autochtone, il est fait par les Autochtones […] C'est un tourisme humain, c'est un tourisme identitaire, c'est un tourisme de rapprochement, c'est un tourisme de fierté, insiste-t-il. Les gens, peu importe de quelle nation il proviennent, utilisent le tourisme pour dire qui ils étaient, qui ils sont et qui nous serons.

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Source: https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1889788/tourisme-maanitaaukimikw-epices-relance-crise-penurie.

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