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La race d’un chien ne permet pas de prédire son comportement, confirme une étude

Dans leurs travaux, les chercheuses Elinor Karlsson et Kathleen Yates de l’Institut Broad du MIT (Massachusetts Institute of Technology) ont utilisé des études d'association pangénomique pour chercher des variations génétiques communes susceptibles de prédire des traits comportementaux individuels chez 2155 chiens de races pures et mixtes.

Elles ont ensuite combiné ces informations avec les 18 385 réponses inscrites dans une base de données ouverte (Darwin's Ark) consacrée aux comportements canins rapportés par leurs propriétaires.

Les résultats de ces analyses, qui comprenaient les données de 78 races, ont permis d'identifier 11 variations dans les séquences d’ADN fortement associés aux comportements, mais aucune d'entre elles n’était spécifique à une race.

Nos résultats infirment l’hypothèse selon laquelle certaines races sont plus agressives, plus obéissantes ou plus affectueuses que d'autres, notent dans un communiqué les auteures de ces travaux, dont le détail est publié dans la revue Science (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Cette recherche confirme les conclusions d’une méta-analyse publiée en 2015 (Nouvelle fenêtre) regroupant quatre décennies d’études consacrées à l'héritabilité des traits comportementaux des races de chiens.

Toutes les études sur le sujet disent la même chose. Celle-ci est la plus complète et la plus complexe menée sur la question jusqu’à maintenant, affirme le Dr David Silversides, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Les résultats de l’étude montrent que la race n'explique que 9 % de la variation du comportement des chiens individuels. Pour certains traits de comportement et certaines questions de l'enquête, l'âge ou le sexe du chien sont de meilleurs prédicteurs du comportement.

Ces travaux ont également montré que les caractéristiques comportementales attribuées aux races modernes sont influencées par plusieurs gènes, de même que par l'environnement, et se retrouvent, à des degrés divers, dans toutes les races.

Repères

  • Le patrimoine génétique du chien domestique (Canis lupus familiaris) a été entièrement déchiffré en 2005.
  • Il a permis d’établir des similarités génétiques avec l’humain, mais aussi des différences particulières entre les diverses races de chien.
  • Les chiens possèdent environ 19 300 gènes.

De loup à chien

Une étude publiée dans Nature Communications (Nouvelle fenêtre) (en anglais) en 2017 montrait que la domestication du chien serait intervenue entre 20 000 et 40 000 ans avant notre ère à partir d’une même population de loups (domestiqués?).

Au départ, les chiens étaient probablement sélectionnés pour des fonctions très précises comme pour chasser du gibier ou rassembler des troupeaux.

La majorité des comportements que nous considérons comme des caractéristiques de certaines races de chiens modernes sont très probablement le résultat de milliers d'années d'évolution, du loup au chien sauvage, puis au chien domestiqué, et enfin aux races modernes, note Elinor Karlsson.

Des races modelées par l’humain

Les races pures actuelles ne sont apparues que dans les années 1800 à la suite de manipulations génétiques dont l’objectif était de répondre à un idéal physique et de garder la pureté de la lignée.

On attribue aux races actuelles des tempéraments et des comportements basés sur la fonction estimée de leur population ancestrale. Par extension, l'ascendance de la race d’un chien est présumée prédire son tempérament et son comportement, soutiennent les auteures.

Cette hypothèse répandue dans la population a conduit certaines municipalités à adopter des lois interdisant certaines races à la suite d’incidents très médiatisés impliquant des chiens agressifs.

Le Dr Silversides estime que ces interdictions ratent souvent leur cible parce qu’elles ne sont pas basées sur la science. On cherche toujours des solutions simples, affirme-t-il. On ne dit pas que la génétique n’est pas impliquée, mais avec les techniques actuelles [pour les phénotypes complexes comme les comportements], on ne peut pas bien identifier une région dans le génome responsable d’un comportement, explique le Pr Silversides.

« Un test rapide [comme pour la COVID] serait la solution! Mais il n’y a pas de tests rapides pour évaluer la génétique des chiens. »

— Une citation de  David Silversides

En revanche, les facteurs environnementaux et sociaux qui contribuent aux bons (et aux mauvais) comportements des chiens sont bien connus. Par exemple, un manque de socialisation du chien peut causer des problèmes en présence d’autres animaux ou d’inconnus. Il peut devenir stressé, angoissé, mais aussi agressif.

Il faut ainsi procéder à une évaluation comportementale individuelle d’un chien pour savoir s’il présente des comportements problématiques. Et il faut aussi éduquer les propriétaires, parce que les mauvais comportements ne sont pas liés à la race, estime le Dr Silversides.

L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec offre d’ailleurs une formation à ses membres pour bonifier leurs connaissances dans leur évaluation de la dangerosité canine qui est de plus en plus demandée par les municipalités et qui doit obligatoirement être réalisée par un vétérinaire.

Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1879551/race-chien-prediction-comportements-genetique-enquete.

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