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Inconduite scientifique : pas de blâme retenu contre le botaniste Steven Newmaster

Steven Newmaster a retenu l’attention médiatique en 2013, à la suite de la publication d’un article dans BMC Medicine qui montrait que les suppléments à base d'herbes médicinales contenaient des ingrédients qui n’étaient pas inscrits sur l'étiquette.

Cet article avait créé une onde de choc dans l’industrie des produits à base d'herbes médicinales. Le chercheur est ensuite devenu une autorité en matière de vérification des ingrédients alimentaires. Il a même créé des entreprises de certification qui ont rapidement été sollicitées par les fabricants de suppléments pour authentifier leurs produits.

Des experts déposent une plainte

En juin 2021, huit experts ont envoyé une lettre à l'UG décrivant les problèmes repérés dans l’étude et dans deux autres recherches réalisées par le Pr Newmaster et son équipe.

Les signataires, dont deux coauteurs d’articles suspects qui affirment avoir été dupés par le chercheur, expliquaient que les données sur lesquelles étaient basés ces travaux reposaient sur des informations incomplètes, frauduleuses ou même plagiées. Ils accusaient aussi Steven Newmaster de ne pas avoir divulgué l’entièreté de ses intérêts financiers dans ses articles.

Dans une lettre envoyée aux plaignants le 1er juin dernier, le comité mandaté par l’université pour étudier la plainte estime qu'il n'est pas possible d'établir clairement une inconduite délibérée dans le travail de Steven Newmaster.

Il n'y a pas assez de preuves pour soutenir les allégations spécifiques contre le Dr Steven Newmaster, note dans le document John Walsh, le responsable du comité et vice-doyen par intérim de la Gordon S. Lang School of Business and Economics de l'Université de Guelph.

La décision déçoit le chercheur Ken Thompson, le premier à avoir mis en doute les travaux du Pr Newmaster en 2020. Il se dit étonné de voir les allégations d'inconduite rejetées en raison de l'absence de dossiers et de données.

« Notre plainte alléguait que le Pr Newmaster avait falsifié ses résultats et qu'il n'avait pas les données pour arriver à ses conclusions. L’absence de données, c'était le coeur de notre plainte. »

— Une citation de  Ken Thompson

Pas de surprise

Si la décision déçoit Ken Thompson, actuellement chercheur postdoctoral à l'Université de Stanford, elle ne le surprend pas.

Tôt dans le processus, il a été surpris de ne pas être consulté davantage par le comité, outre une brève réunion au début du processus pour établir les faits allégués.

« Cela m'a indiqué qu'ils n'avaient pas l'intention de mener leur enquête de bonne foi, et qu'ils n’étaient pas vraiment intéressés à connaître la vérité. »

— Une citation de  Ken Thompson

Intégrité universitaire en jeu

Ken Thompson pense que ce cas montre toute l’importance de l’impartialité d’un comité de discipline.

S'il y a une leçon à tirer de cette affaire, c'est que la responsabilité d'évaluer les allégations d'inconduite en matière de recherche devrait être retirée aux universités et donnée à une autorité indépendante et qualifiée. Les universités sont en conflit d'intérêts et sont incapables de s'acquitter de leur tâche de manière impartiale, estime M. Thompson.

Pas de blâme, mais…

Le comité d’évaluation de la plainte ne va pas jusqu’à blâmer le Pr Newmaster dans sa décision préliminaire, mais il tape quand même sur les doigts du botaniste.

Le défendeur a fait preuve d'un manque de jugement et n'a pas appliqué les normes attendues dans sa discipline de recherche, note la lettre du comité, qui qualifie aussi la conduite du chercheur de suspecte, selon les procédures sur la conduite responsable de la recherche de l’UG.

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Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1888408/steven-newmaster-botaniste-decision-comite-ug-plaintes.

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