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Comment la pandémie a-t-elle façonné nos habitudes alimentaires?

La nutritionniste Isabelle Marquis et le professeur émérite de marketing Jacques Nantel ont analysé les résultats de ce sondage en compagnie de Johane Despins et Denis Gagné.

Un homme et une femme sourient.

Jacques Nantel, professeur émérite de marketing, et Isabelle Marquis, nutritionniste.

Photo : Radio-Canada / L’épicerie

Selon le sondage CROP/L’épicerie, 96 % de la population du Canada affirme que bien manger est l’un des grands plaisirs de la vie

Isabelle Marquis : Le plaisir de manger était en constante diminution depuis déjà plusieurs années. La pandémie aura servi entre autres à nous aider à reprendre contact avec les aliments, avec le rituel de manger et de préparer nos aliments, ce qui est une très bonne chose.

À ce sujet, le sondage indique que près de la moitié des gens disent prendre le temps de manger.

Isabelle Marquis : Une chose qui a certainement eu une influence dans les deux dernières années, c'est qu'on a passé plus de temps à la maison, et notamment devant l'écran à travailler. Quand on était tous au bureau, entourés d'autres personnes, la pause du lunch était une pause plus officielle. On était davantage tentés de s'arrêter. Avec la pandémie, on est seul ou avec la famille, mais chacun a son horaire, chacun devant son écran, alors je ne suis pas surprise qu'il y ait une poursuite de cette déconstruction des repas. Les repas du matin et du midi avaient déjà commencé à se déstructurer de façon substantielle.

Jacques Nantel : L'âge et le fait d'être seul, ça a une influence majeure. On a quand même une proportion significative de la population canadienne qui vit seule. Et on le sait, quand on est seul, le plaisir de manger de façon générale est moins important parce qu'il y a un volet très social, très humain, à l'acte de manger, qu'on perd quand on est seul.

Près de la moitié (44 %) de la population canadienne dit grignoter au moins une à deux fois par semaine au lieu de prendre un vrai repas

Isabelle Marquis : C'était une tendance qu'on observait déjà depuis plusieurs années de réduire le temps qu'on accorde à un repas et donc de le remplacer par quelque chose de plus léger. D'ailleurs, l'industrie s'est beaucoup ajustée et adaptée au courant des dernières années pour nous offrir des choses qui se mangent sur le pouce très facilement, autant en restauration qu'à l'épicerie. Dans la pandémie, on dirait que tout ça a presque complètement arrêté, mais là, c’est le retour en force du grignotage.

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Plus de la moitié de la population (54 %) suit occasionnellement ou régulièrement une diète, ce qui représente une augmentation depuis la pandémie

Isabelle Marquis : C'est préoccupant. C'est clair que la pandémie a eu des effets sur bien des gens : on est plusieurs à avoir fait beaucoup moins de sport, beaucoup moins d'activités puisqu’on était reclus à la maison. Il y a eu pour bien des gens une prise de poids. Encore une fois par manque d'activité physique aussi parce qu'on a eu besoin de plus de réconfort notamment de la part des aliments qu'on consomme. Alors est-ce que la tendance va se maintenir? On a vu une montée entre 2021 et 2022 en compensation avec ça. J'espère que ça va se stabiliser, mais même redescendre.

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Jacques Nantel : Cette pandémie a aussi été un gros laboratoire en matière d’alimentation. Plusieurs personnes ont appris d'une façon ou d'une autre qu’on était capables ou pas de faire du pain, par exemple. Ça nous a rapprochés des composantes alimentaires de base, ce que l'on avait un peu laissé tomber. Est-ce que ça va perdurer? Je ne sais pas, mais une chose est sûre, c'est qu’on a au moins appris à comprendre et à connaître les éléments de base de la nutrition davantage.

En 2020, 68 % de la population faisait régulièrement une liste d'épicerie, soit une augmentation de 12 points de pourcentage par rapport à 2019

Isabelle Marquis : Durant la pandémie, surtout dans la première année, c’était une habitude de faire une liste et de s'en tenir le plus possible parce qu'on voulait sortir de l'épicerie aussi vite qu'on était entré. J'étais très déçue de voir qu'en 2021 et 2022, on était revenus au même pourcentage qu’en 2018-2019. On est instinctivement programmés à choisir des aliments qui répondent à nos besoins et nos envies du moment. Cela dit, faire une liste comporte bien des avantages pour bien s'alimenter, pour ne pas trop tomber dans les pièges du marketing et pour s'assurer de respecter notre budget.

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Jacques Nantel : Je ferais un pari, par exemple : la liste va revenir rapidement et, cette fois-là, pas du fait de la pandémie, mais du fait de l'inflation. L'inflation n'était pas présente pendant la pandémie. Elle l’est depuis, et ce n'est malheureusement pas terminé. Pendant la pandémie, il y a un drôle de phénomène qui s'est manifesté : les gens ne voulaient pas aller à l’épicerie et ils ne voulaient pas rester longtemps. Les gens passaient moins de temps en épicerie et achetaient plus cher, puisqu’on ne prenait même pas le temps de comparer les prix. Il n'y a jamais eu si peu de spéciaux qui ont été utilisés que pendant la pandémie. Maintenant qu'on rentre en période d'inflation, tout ça va s'inverser.

Isabelle Marquis : Le prix a une influence et continuera encore plus d’en avoir dans le contexte actuel. Malheureusement, la perception de beaucoup de consommateurs, qui n'est pas complètement fausse non plus, c’est que plusieurs aliments locaux sont plus chers que la version importée. Mais j'ai envie d'encourager les gens à continuer de se garder motivés et intéressés par l'offre locale, plus naturelle, voire même biologique. Quatre-vingt-cinq pour cent des nouveaux produits lancés dans une épicerie ne survivent pas un an, alors on a beau dire à l'industrie qu’on veut plus de local, de bio ou de naturel, si on ne l'achète pas, [l’industrie n’ira pas dans ce sens].

Si on se revoit dans cinq ans pour un autre sondage, quelles en seront les tendances, d'après vous?

Isabelle Marquis : On comprend de plus en plus que la santé de l'être humain et la santé de la planète sont intrinsèquement reliées. L'industrie alimentaire est malheureusement l’une des industries les plus polluantes au monde. On parle beaucoup de la production de bovins comme étant une source de gaz à effet de serre, et c'est un fait. Mais l'ensemble de l'industrie alimentaire est un contributeur majeur aux gaz à effet de serre. On a à revoir nos pratiques de façon substantielle. Il y a des courants comme l'agriculture régénérative ou le surcyclage qui sont à leurs balbutiements en ce moment. Une bonne partie de l'offre des cinq aux dix prochaines années sera notamment influencée par ces incontournables en lien avec l'environnement.

Jacques Nantel : Il y aura plus de changements au cours des cinq prochaines années qu'on en a vu au cours des 25 dernières années. Je pense que la grande tendance va être de se rapprocher des aliments de base et de comprendre que, pour un prix donné, ils peuvent contribuer à notre mieux-être et au mieux-être de la planète également.

Méthodologie du sondage

La collecte des données pour le sondage CROP/L’épicerie s’est déroulée entre le 10 et le 21 février 2022 par le biais d’un sondage web. Dans le cadre de cette étude, 1500 Canadiens âgés de 18 ans ou plus ont été sondés.

Ses résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population à l’étude selon le sexe, l'âge, la langue maternelle et la scolarité des répondants. L'échantillon étant non probabiliste, la marge d'erreur ne s'applique pas.

Les propos ont été résumés afin de faciliter la compréhension.

L’émission spéciale de L’épicerie est diffusée ce mercredi, 19 h 30 à ICI Télé.

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Portrait alimentaire au Canada : sondage CROP/L'épicerie by Radio-Canada on Scribd

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Source: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1885791/sondage-crop-epicerie-achat-alimentaire.

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