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Gérer son risque après la fin du masque obligatoire

Après se l’être fait imposer pendant près de deux ans, les Québécois seront bientôt maîtres de leur propre masque. Dans les lieux publics fermés, ils le porteront s’ils le veulent, quand ils veulent, où ils veulent. Conseils pour mieux s’y retrouver, et pour mieux se protéger, au besoin.

Catherine Handfield

Catherine Handfield La Presse

À partir du 14 mai, le Québec suivra le pas des autres provinces canadiennes (et de pas mal tous les pays occidentaux) en laissant tomber l’obligation du port du masque dans les lieux publics fermés, à l’exception des transports en commun et des établissements de soins, où il restera requis jusqu’à nouvel ordre. « On arrive à un moment où l’on juge que les conditions sont réunies pour ne plus le rendre obligatoire », a confirmé mercredi le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau.

S’il ne sera plus obligatoire, ça ne signifie pas pour autant qu’il est interdit de l’utiliser, « ça va de soi », a rappelé le Dr Boileau, qui invite la population à respecter ceux qui voudront continuer à le porter, par choix personnel ou par souci de protéger les autres. Tous les indicateurs sont en baisse… mais le virus circule toujours.

Trois éléments

La balle est donc dans le camp de chaque individu. Selon l’épidémiologiste Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, trois éléments sont à considérer dans notre réflexion personnelle si on souhaite continuer de le porter.

Le premier, dit-elle, c’est notre tolérance individuelle au risque. Les personnes qui se savent à risque de complications parce qu’elles sont très âgées, parce qu’elles ont une maladie qui les rend vulnérables ou parce qu’elles sont immunocompromises « devraient continuer à porter le masque, particulièrement à l’intérieur », estime la Dre Quach. Des circonstances particulières peuvent aussi influencer le comportement des gens, comme un voyage imminent. La Dre Quach s’est rendue à New York, à Pâques. « Dans les deux semaines avant le voyage, j’ai porté mon masque partout et je ne suis pas allée au restaurant, parce que je voulais être capable de passer la frontière. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Caroline Quach

Deuxième point : l’ampleur de la transmission communautaire. Si le virus circule beaucoup à l’endroit où on se trouve, les gens pourraient avoir le réflexe de mettre le masque en public. « Aussi longtemps qu’il y aura une transmission communautaire qui continue, je pense que je vais continuer à le porter, particulièrement pour protéger les autres », dit la Dre Quach, qui ne s’empêchera pas pour autant d’aller au restaurant.

Enfin, la présence de gens vulnérables dans l’entourage peut aussi inciter les gens à conserver l’habitude au-delà du 14 mai, ajoute la pédiatre.

Choisir un bon masque

Si on se fie à l’exemple des autres provinces et des autres pays, l’abandon du masque dans les lieux publics ne sera peut-être pas instantané, mais on peut s’attendre à ce que, après quelques jours ou quelques semaines, les visages à découvert soient de plus en plus nombreux à l’épicerie, au centre commercial, au théâtre.

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Au match des Maple Leafs, le 2 mai à Toronto, peu de spectateurs portaient le masque.

Si seule une minorité des gens le portent, à quel point ces personnes seront-elles protégées ? Les modèles ont montré que le port du masque en public est une mesure plus efficace lorsque les gens sont nombreux à y adhérer. L’effet est multiplicatif : la personne est non seulement protégée par son masque, mais aussi par ceux des autres.

Lorsque tout le monde porte le masque, la transmission est réduite d’environ 25 %, selon une modélisation réalisée par des chercheurs de l’Université de Bristol et de l’Université d’Oxford.

Nous avons posé la question à Jeremy Howard, professeur à l’Université de Queensland, en Australie, et auteur d’une revue de la littérature publiée en début d’année dans la revue scientifique PNAS. « Ça demeure très utile, dit-il au téléphone, mais vous devrez être plus attentif à porter un bon masque, et à le porter comme il faut. »

Consultez la revue de littérature dans PNAS (en anglais)

« Et avec les variants actuels, poursuit-il, seuls les masques de protection respiratoire comme le N95 et le KF94 sont susceptibles d’être hautement efficaces pour réduire la transmission. Les variants sont tellement transmissibles qu’il n’est pas vraiment logique d’utiliser autre chose. »

Efficacité variable

Tous les masques ne sont pas égaux. Une étude randomisée menée au Bangladesh et dont les résultats ont été publiés en décembre dans la revue Science a lié le couvre-visage en tissu à une baisse de 5 % du risque, comparativement à 11 % pour le masque chirurgical. Soulignons néanmoins que ces résultats ont été atteints lorsque seulement 42 % des participants portaient le masque.

Lorsqu’on utilise le masque chirurgical (le fameux masque bleu) pour se protéger soi-même de la COVID-19, son point faible, c’est son étanchéité. « On voit des trous sur les côtés, du moins chez la plupart des gens qui le portent, fait remarquer Jeremy Howard. Lorsque vous inspirez, vous aspirez la majeure partie de l’air par les côtés du masque chirurgical et il n’est pas filtré. »

Il existe des manières de le rendre plus efficace, souligne le chercheur. On peut utiliser la technique « Knot and Tuck », recommandée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, aux États-Unis, et qui consiste à faire des nœuds dans chaque boucle, le plus près possible du bord du masque, et à rentrer le surplus de matériel sous les bords du masque. On peut aussi mettre un couvre-visage en tissu ajusté par-dessus le masque chirurgical, indique Jeremy Howard.

Regardez une vidéo sur la technique « Knot and Tuck » (en anglais)

La Dre Caroline Quach croit elle aussi qu’une personne qui a vraiment besoin de se protéger contre la COVID-19 aurait avantage à se procurer un masque de protection respiratoire, offert en pharmacie. « Quand il est bien étanche, il n’y a rien qui bat cette protection respiratoire », dit la Dre Quach, qui portait d’ailleurs son N95 à New York, quand elle était entourée de gens non masqués.

Source: https://www.lapresse.ca/societe/sante/2022-05-05/gerer-son-risque-apres-la-fin-du-masque-obligatoire.php.

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